[Note 99: ][(retour) ] Par Acuerdo de Oliva.

[Note 100: ][(retour) ] Par un certain Gorrée de Picardie. C'est cet écrivain picard que notre savant Huet (Essai sur les romans) a prétendu être l'auteur original. M. de Tressan (Disc. prélimin. de son Extrait d'Amadis) adopte cette opinion, ou plutôt il croit que des manuscrits picards, que Nicolas d'Herberay dit avoir vus, étaient, comme le croit d'Herberay lui-même, ceux dont les Espagnols s'étaient emparés pour les traduire dans leur langue et les continuer selon le goût de leur nation. Or, l'ancienne langue picarde, la même que l'on parle encore dans le pays, est aussi, selon M. de Tressan, la même que la langue romane, ou la langue française du douzième siècle. Rien de moins certain que cette identité absolue, mais en la supposant même, on voit que cet Amadis picard doit n'avoir été que celui de Gorrée, traduit de l'ancien espagnol. Il est donc permis de rester dans le doute, et il n'est pas, au fond, très-important d'en sortir.

[Note 101: ][(retour) ] M. de Tressan. (loc. cit.) dit que ce fut en 1547; d'où il lire la conséquence que d'Herberay, qui publia la première partie de sa traduction en 1540, ne l'avait point faite d'après le travail de Montalvo; mais il se trompe: le Quadrio ne cite pas seulement cette édition espagnole de 1525, mais une autre à Séville, 1526, et une troisième à Venise, 1533. On ne doit pas consulter à ce sujet la Bibliotheca Scriptor. Hispan. de Nicol. Antonio, qui ne cite point de plus ancienne édition que celle de Salamanque, 1575, in-fol. (Ne serait-ce pas une simple erreur typographique qui aurait fait mettre un 7 au lieu d'un 2?)

[Note 102: ][(retour) ] Le premier livre, dédié à François Ier, parut en 1540, et les autres livres les années suivantes.

Il voulait d'abord l'écrire en vers libres ou non rimes; son ami Sperone Speroni l'y engageait; mais le prince de Salerne et D. Louis d'Avila, en cela de meilleur conseil que ce savant littérateur, voulurent qu'il le fit en octaves. Cette forme harmonieuse est surtout appropriée aux fictions brillantes de la féerie, et Bernardo se félicita d'avoir pris ce parti, lorsqu'il vit, quelque temps après, le peu de succès qu'eut l'Italia liberata du Trissino. Il voulait aussi se conformer aux règles d'Aristote, et faire un poëme épique régulier; sur ce point, qui tenait au fond de l'art, la cour n'avait rien à lui dire; mais elle l'avertit par un autre moyen. Lorsqu'il eut achevé dix chants avec cette régularité antique, il en essaya l'effet dans un cercle nombreux, en lisant ceux de ses chants dont il était le plus satisfait. Il s'aperçut bientôt que l'auditoire allait toujours en décroissant et qu'aux dernières lectures la salle était presque déserte. Cette expérience lui prouva que l'unité d'action et d'intérêt, fort bonne dans des fables d'une autre nature, n'avait point cette variété qu'exigent la chevalerie et la féerie, et dont le poëme de l'Arioste avait fait un besoin au public et une loi aux poëtes. Il revint donc sur ses pas, et se soumit, quoique malgré lui, à cette multiplicité d'action, à ce désordre convenu qui était passé en précepte, et pour lequel son ouvrage devint une nouvelle autorité.

Il s'y soumit si bien, son imagination féconde entoura de tant d'accessoires l'action principale, ses épisodes sont si nombreux et tellement diversifiés, enfin son poëme est si long, qu'il serait extrêmement difficile d'en donner une analyse complète. Quelque serrée qu'il fût, on n'y arriverait pas sans beaucoup de peine à la fin du centième chant. Mais le sujet d'Amadis de Gaule est très-connu en France. Il l'était même autrefois par l'ancienne traduction du roman espagnol; il l'est bien plus maintenant par l'élégant abrégé qu'en a fait M. de Tressan[103]. Il suffira donc d'en rappeler les principales circonstances, et de donner seulement, par l'analyse des premiers chants, une idée de la manière dont le poëte l'a traité.

[Note 103: ][(retour) ] Paris, 1779, 2 vol. in-12, réimprimé dans le Recueil des Œuvres de M. de Tressan, Paris, 1787, 12 vol. in-8º. Cet extrait est en effet écrit avec beaucoup de prétention à l'élégance, mais trop rempli d'une froide galanterie de cour, qui détruit l'intérêt et engendre l'ennui. Le vieux courtisan y gâte souvent l'ouvrage du romancier. Ne va-t-il pas jusqu'à établir à la cour du roi Lisvart des entretiens sur les modes, des discussions sur les coiffures et sur les couleurs, et à faire décider dans ces assemblées du cinquième siècle, transformées en cercles de Versailles et de Trianon, que de toutes les coiffures de femmes, celle qu'on nommait à la grecque était la plus élégante et la plus noble, et que la couleur puce était la reine des couleurs? Il ne manquait plus que d'ajouter le caca-dauphin, qui fut aussi une couleur à la mode, au temps où l'auteur écrivait.

Au temps de l'ancienne chevalerie, Lisvart, frère du roi de la Grande-Bretagne, était à la cour du roi de Danemarck, dont il avait épousé la fille, quand le roi son frère mourut[104]. Appelé à lui succéder, il s'embarque avec Brisène sa femme, et avant d'aborder dans ses nouveaux états, il va visiter le bon Languines, roi d'Écosse. Ils se promenaient ensemble au bord de la mer, lorsqu'ils virent aborder un vaisseau superbement orné, et d'où sortaient des sons harmonieux[105]. Il en descendit une dame qui conduisait avec elle un jeune homme plus beau qu'Adonis. Une demoiselle portait sa lance, une autre son casque. La dame s'approche des deux rois, et prie poliment Lisvart de donner à ce jeune homme l'ordre de chevalerie. Lisvart lui accorde sa demande, reçoit le nouveau chevalier, lui donne l'accolade et lui fait prêter son serment. Aussitôt un nain sort du vaisseau, conduisant à la main un cheval superbe. A l'arçon de la selle est attaché un écu garni et entouré de perles, sur lequel est peint en champ d'or le portrait d'une jeune fille de la plus grande beauté, couvert d'un diamant transparent, destiné à le garantir des coups de lance et d'épée dans les combats. La sage fée Sylvane, qui conduit le jeune chevalier, lui remet ce bouclier, en lui annonçant que la Beauté qu'elle y a fait peindre est celle qui doit se rendre maîtresse de son cœur. Elle l'embrasse, il saute sur le beau cheval, salue les deux rois, s'éloigne, et la fée disparaît à l'instant.

[Note 104: ][(retour) ] Ce roi, que le poëte ne nomme pas, est appelé dans le roman, Falangris.

[Note 105: ][(retour) ] Canto I, st. 12 et suiv.