E sopra il vostro letto
Poniamci, e fate poi quel che vi piace.
Justinien n'a pas de nuage à ses ordres comme l'époux de Junon, mais il n'en est pas besoin. Personne, dit-il, ne peut venir au jardin par ma chambre; je l'ai fermée en entrant, et j'en ai la clef à mon côté. Vous aurez aussi fermé la porte de la vôtre, car vous ne la laissez jamais ouverte.
E detto questo subito abbracciolla;
Poi si colcar nella minuta erbetta.
Alors l'herbe tendre, les fleurs, les arbrisseaux, les oiseaux, les eaux mêmes et les poissons, prennent part à leurs plaisirs et semblent jouir de leur amour.--Cela fut sans doute très-agréable pour leurs majestés, mais cela est fort dégoûtant pour le lecteur, qui ne peut voir sans une sorte d'indignation profaner par cette copié indécente et presque bourgeoise, une peinture voluptueuse, mais délicate et divine, objet de l'admiration de trente siècles.
Théodora, par ce moyen honnête, obtient de l'empereur tout ce qu'elle veut. Il consent au retour et au mariage de Justin. On envoie un exprès à ce jeune prince, qui est si empressé de revenir qu'il brave les approches d'une tempête. Il s'embarque; la tempête s'élève. Son vaisseau est violemment agité; il tombe à la mer; l'ange Nettunio le sauve, le pousse dans le port même de Durazzo. Il est jeté sur le rivage, prêt à mourir. Sophie apprend cette nouvelle, et le croit mort. Elle s'empoisonne avec du blanc dont se sert une de ses femmes, et dans lequel il entre du sublimé. Un médecin appelé à temps la guérit. Les deux amants se revoient, avec l'espérance d'être unis.
Un autre ornement dont le Trissino a voulu enrichir son poëme, et qu'il n'y adapte pas avec beaucoup plus d'adresse, ce sont les enchantements. L'armée des Grecs est débarquée à Brindes[189]. Le commandant a livré la place à Bélisaire. Ce général envoie huit guerriers à la découverte pour savoir ce que font les Goths, où est leur armée, et s'ils s'apprêtent à défendre les passages. Ils partent pour exécuter ses ordres; mais ils sont arrêtés à quelque distance par une belle et jeune fille qui leur fait une fable et les attire au bord d'une fontaine enchantée. Là ils rencontrent une espèce de géant ou de monstre qui leur dit son nom et les défie au combat. Ce nom est Faulo, qui signifie en grec[190] méchant, mauvais, dépravé; c'est le génie du mal. Sa sœur Acratie[191] (c'est-à-dire l'Intempérance) qui commande dans ce canton, l'a placée là pour empêcher qu'aucun mortel ne goûte des eaux de cette fontaine. Sept des chevaliers grecs sont renversés, et emmenés prisonniers par deux géants qui accompagnent Faulo. Le huitième refuse le combat, et va tristement annoncer à Brindes la défaite de ses compagnons et leur captivité. L'intrépide Corsamont demande à Bélisaire la permission d'aller les délivrer. Le général nomme avec lui deux autres chefs, et celui qui était un des huit premiers. Ils vont tenter de nouveau l'aventure; mais cette fois un ange, déguisé sous les traits du vénérable Paul, comte d'Isaurie, les met au fait. Cette fontaine était née des larmes d'Arété[192] (la Vertu), qui était autrefois honorée dans ces mêmes lieux, et qui avait pour nièce Synésie[193] (la Sagesse). On avait dit à la méchante Acratie que ses jardins et son palais devaient être détruits par Synésie; elle la fit assassiner par son frère Faulo. Arété en eut tant de douleur que ses larmes furent changées en cette fontaine, dont les eaux ont la vertu de guérir tous les maux, et de rompre tous les enchantements. Acratie l'ayant su, fit prendre, par son frère, Arété et ses filles, qu'elle retient depuis ce temps dans une affreuse prison; et ce frère couvert d'armes enchantées et par conséquent invincible, empêche que qui que ce soit ne puisse toucher cette eau merveilleuse. L'ange apprend aux chevaliers le moyen de vaincre Faulo, et de délivrer à la fois Arété et leurs compagnons d'armes. Ils ne manquent pas de suivre ses conseils. Faulo est renversé, obligé de se rendre et de les conduire au palais de la coupable Acratie sa sœur. Elle a inutilement recours à tous ses enchantements; il faut enfin qu'elle cède, qu'elle rende les chevaliers, et ce qui lui coûte davantage, qu'elle brise les fers d'Arété. La divine Arété est rétablie dans tout son pouvoir; les avenues sont libres, et les libérateurs de l'Italie peuvent désormais y pénétrer. Ces fictions alambiquées remplissent deux livres entiers. Il faudrait de bien beaux vers pour les rendre supportables, et ceux du Trissino auraient pu gâter les fictions les plus heureuses.
[Note 189: ][(retour) ] L. IV.
[Note 190: ][(retour) ] Φαΰλος.