[Note 191: ][(retour) ] D'Αχρατής, εος.
[Note 192: ][(retour) ] Αρετή.
[Note 193: ][(retour) ] Σύνεσις.
Comme nous cherchons surtout dans les ouvrages ce qui peut indiquer les opinions et les mœurs du temps où il furent écrits, il y a encore dans ce poëme un incident, non pas imaginaire, mais historique, qui mérite quelque attention. Il est bon de se rappeler, en le lisant, que le Trissino fut successivement en faveur auprès de deux papes, chargé par eux de missions importantes et honorables, et que, soit avant, soit après la publication de son poëme, il n'éprouva de la part du Saint-Siège ni reproche ni disgrâce. Voici le trait dont il s'agit.
Bélisaire est assiégé dans Rome par les Goths. La disette se fait sentir dans la ville; il prend le parti d'envoyer par mer les femmes, les enfants, les vieillards, à Gaëte, à Naples et à Capoue. Il propose cet avis dans le conseil où assistait le pape Sylvère. Ce pape, fils d'un autre pape[194], avait été élu par l'ordre et les menaces de Théodat, roi des Goths, contre la volonté du peuple romain, qui nommait alors les souverains pontifes. Il était envieux de Bélisaire et son ennemi secret; il s'oppose seul à cette mesure; mais le conseil l'adopte, et l'exécution suit aussitôt. Le général des Goths, qui commandait le siège, sachant que Sylvère était offensé du peu de faveur que son opposition avait eue dans le conseil, qu'il était en général disposé en faveur des Goths, dont il était l'ouvrage; «sachant de plus que souvent les prêtres sont si possédés de l'amour du gain, qu'ils vendraient le monde entier pour de l'argent[195],» fait faire à ce pape des promesses, et lui envoie des présents qui le corrompent. Il s'engage à livrer une des portes de Rome. Mais Dieu ne permet pas que le crime soit consommé. Il envoie l'ange Nemisio (celui de la vengeance divine) avertir Bélisaire de ce complot. Bélisaire fait arrêter le pape à l'instant même où il signait le pacte fait avec les Goths. Sylvère, convaincu de son crime, est mené devant le général, qui lui déclare qu'il a cessé d'être pape, qu'il ne l'a même jamais été, et qu'il va rassembler le peuple pour décider de son sort.
[Note 194: ][(retour) ] D'Hormisdas.
Ancor sapea che spesse volte i preti
Han così volto l'animo alla robba,
Che per denari venderiano il mondo.
(Ital. lib., l. XVI.)
Alors l'ange Palladio (celui qui joue le rôle de Minerve, déesse de la prudence) prend encore la figure de Paul l'Isaurien, et conseille à Bélisaire de ne point faire paraître le pape au milieu de cette assemblée du peuple, qui pourrait se porter à des excès contre le coupable, de le déposer tout simplement et de lui faire donner un successeur. «Je veux vous dire[196], ajoute-t-il (et il ne faut pas oublier que c'est un ange qui parle), je veux vous dire ce qu'un ami de Dieu, qui était prophète, m'a dit de certains papes qui existeront dans le monde. Voici ses paroles: Le siège où Pierre fut assis sera usurpé par des pasteurs qui seront éternellement la honte du christianisme. Ils porteront au dernier degré l'avarice, la luxure et la tyrannie. Ils ne penseront qu'à agrandir leurs bâtards, à leur donner des duchés, des seigneuries, des terres, des pays entiers; à conférer même, sans pudeur, des prélatures et des chapeaux à leurs mignons et aux parents de leurs maîtresses[197] (le terme italien est moins honnête); à vendre les évêchés, les bénéfices, les offices, les privilèges, les dignités; à n'y élever que des infâmes; à violer toutes les lois, à dispenser pour de l'argent des meilleures et des plus divines; à ne garder jamais leur foi; à passer leur vie entière parmi des empoisonnements, des trahisons et d'autres crimes; à semer entre les princes chrétiens tant de scandales, tant de querelles et de guerres, que les Sarrazins, les Turcs et tous les ennemis de la foi en profiteront pour s'agrandir. Mais leur vie scélérate et honteuse sera enfin connue du monde; et le monde, revenu de son erreur, corrigera tout ce mauvais gouvernement des peuples du Christ.» Ainsi parla cet ange, et il disparut. Ce n'est pas ici un Dante, gibelin effréné et par conséquent ennemi des papes, ni un poëte satirique habitué à frapper indifféremment tout ce qui se trouve à portée de ses traits; c'est un poëte grave et un ambassadeur de deux papes qui fait descendre du ciel un ange, et qui le fait parler ainsi.
[Note 196: ][(retour) ] Ibid.
[Note 197: ][(retour) ] Delle lor bagascie.