A Malherbe, à Racan préférer Théophile,

Le clinquant à l'or pur, et le Tasse à Virgile.

Certainement alors il n'y aurait plus de discussion; ce serait bien le clinquant d'un côté, l'or de l'autre: là, le Tasse tout entier, et ici tout Virgile; mais il a dit:

A Malherbe, à Racan préférer Théophile,

Et le clinquant du Tasse à tout l'or de Virgile;

c'est-à-dire évidemment: et le clinquant qui est dans le Tasse, ou ce qu'il y a de clinquant dans le Tasse à tout l'or qui est dans Virgile.

C'est ainsi que l'a entendu le judicieux Muratori, qui s'explique fort au long sur ce vers de Boileau[510], et qui est loin de lui en faire un crime. Le marquis Orsi, dans son ingénieuse défense des poëtes italiens contre le P. Bouhours[511], aime mieux croire que le mot de notre satirique n'est qu'une plaisanterie; il se trompe, ou du moins si le mot est plaisant, c'est très-sérieusement que Despréaux l'a dit. Il remarque avec plus de raison que les Français ne doivent pas s'attribuer l'invention de ce mot, et que le cavalier Salviati l'avait employé avant eux[512]. Carlo Gozzi, qui traduisit dans le dernier siècle, en vers libres, toutes les satires de Boileau, dit dans sa note sur ce vers, que le poëte français n'a point prétendu mépriser le Tasse, mais se ranger à l'opinion de quelques auteurs italiens, et il cite à ce propos le trait mordant de Salviati[513]. En un mot, il y a de l'or dans le Tasse, et certes de l'or bien brillant et bien précieux, mais cet or n'est pas sans mélange; il s'y trouve aussi du clinquant; c'est tout ce que Boileau a voulu dire, et c'est tout ce qu'il a dit.

[Note 510: ][(retour) ] Perfetta poesia, t. I, p. 484 et suiv. Il termine ainsi tout ce qu'il dit à ce sujet: Altro per appunto non suonano le sue parole (di Boileau) se non che stolti son coloro che antipongono a tutto il poema realmente bello di Virgilio alcune parti che solamente in apparenza son belle nel Tasso. (P. 486.)

[Note 511: ][(retour) ] Considerazioni sopra un famoso libro francese intitolato: La manière de bien penser dans les ouvrages d'esprit, divise in sette dialoghi, etc., Bologna, 1763; Modena, 1735. Le Dialogue VI est consacré tout entier à la défense du Tasse.

[Note 512: ][(retour) ] Il se trouve dans l'Infarinato secondo, qui est une réplique à la réponse de Camillo Pellegrino, pour la défense de son Dialogue. Ce qui est aussi ridicule qu'injuste, c'est que ce n'est point avec l'or de Virgile que l'Infarinato compare le clinquant du Tasse, mais avec le prétendu or de l'Avarchide, triste poëme de l'Alamanni, dont nous avons vu, ch. XI, ce que l'on doit penser. La Crusca avait dit: Verrà agguagliare all'Avarchide il poema del Tasso; et Pellegrino avait répondu: Se ne contenterebbero al sicuro gli academici, ma l'intenzion mia non fu di far paragone, à quoi l'Infarinato réplique: Sì, secondo che s'agguaglia anche l'orpello all'oro. (Op. del Tasso, édit. de Florence, t. VI.)