«Non, disait Chrysis à voix basse, non, mon ami.»
Mais il avait glissé son bras autour d'elle par la fente large de sa robe, et il caressait avec soin la belle peau brûlante et fine de la courtisane couchée.
«Attends, suppliait-elle. Ils nous découvriront. Bacchis se fâchera.»
Un regard suffit au jeune homme pour le convaincre qu'on ne l'observait pas. Il s'enhardit jusqu'à une caresse après laquelle les femmes résistent rarement quand elles ont permis qu'on aille jusque-là. Puis, pour éteindre par un argument décisif les derniers scrupules de la pudeur mourante, il mit sa bourse dans la main qui se trouvait, par hasard, ouverte.
Chrysis ne se défendit plus.
Cependant, la jeune acrobate continuait ses tours subtils et périlleux. Elle marchait sur les mains, la jupe retournée, les pieds pendants en avant de la tête, entre des épées tranchantes et de longues pointes aiguës. L'effort de sa posture scabreuse et peut-être aussi la peur des blessures faisaient affluer sous ses joues un sang chaleureux et foncé qui exaltait encore l'éclat de ses yeux ouverts. Sa taille se pliait et se redressait. Ses jambes s'écartaient comme des bras de danseuse. Une respiration inquiète animait sa poitrine nue.
«Assez, dit Chrysis d'une voix brève; tu m'as énervée, rien de plus. Laisse-moi. Laisse-moi.»
Et au moment où les deux Éphésiennes se levaient pour jouer, selon la tradition, la fable d'Hermaphrodite, elle se laissa glisser du lit et sortit fébrilement.
III
RHACOTIS
La porte à peine refermée, Chrysis appuya la main sur le centre enflammé de son désir comme on presse un point douloureux pour atténuer des élancements. Puis elle s'épaula contre une colonne et tordit ses doigts en criant tout bas.