—Je reste aussi,» dit la courtisane.

Et elle s'étendit à la renverse sur un grand lit couvert de roses.

Un bruit de voix et de pièces jetées attira son attention: c'était Théano qui, pour parodier sa sœur, avait imaginé, au milieu des rires et des cris, de jouer par dérision la Fable de Danaé en affectant une volupté folle à chaque pièce d'or qui la pénétrait. L'impiété provocante de l'enfant couchée amusait tous les convives, car on n'était plus au temps où la foudre eût exterminé les railleurs de l'Immortel. Mais le jeu se dévoya, comme on pouvait le craindre. Un maladroit blessa la pauvre petite, qui se mit à pleurer bruyamment.

Pour la consoler, il fallut inventer un nouveau divertissement. Deux danseuses firent glisser au milieu de la salle un vaste cratère de vermeil rempli de vin jusqu'aux bords, et quelqu'un saisissant Théano par les pieds la fit boire, la tête en bas, secouée par un éclat de rire qu'elle ne pouvait plus calmer.

Cette idée eut un tel succès que tout le monde se rapprocha, et quand la joueuse de flûte fut remise debout, quand on vit son petit visage enflammé par la congestion et ruisselant de gouttes de vin, une gaîté si générale gagna tous les assistants que Bacchis dit à Séléné:

«Un miroir! un miroir! qu'elle se voie ainsi!»

L'esclave apporta un miroir de bronze.

«Non! pas celui-là. Le miroir de Rhodopis! Elle en vaut la peine.»

D'un seul bond, Chrysis s'était redressée.

Un flot de sang lui monta aux joues, puis redescendit, et elle resta parfaitement pâle, la poitrine heurtée par des battements de cœur, les yeux fixés sur la porte par où l'esclave était sortie.