Cet instant décidait de toute sa vie. La dernière espérance qui lui fût restée allait s'évanouir ou se réaliser.

Autour d'elle, la fête continuait. Une couronne d'iris, lancée on ne savait d'où, vint s'appliquer sur sa bouche et lui laissa aux lèvres l'âcre goût du pollen. Un homme répandit sur ses cheveux une petite fiole de parfum qui coula trop vite en lui mouillant l'épaule. Les éclaboussures d'une coupe pleine où l'on jeta une grenade tachèrent sa tunique de soie et pénétrèrent jusqu'à sa peau. Elle portait magnifiquement toutes les souillures de l'orgie.

L'esclave sortie ne revenait pas.

Chrysis gardait sa pâleur de pierre et ne bougeait pas plus qu'une déesse sculptée. La plainte rythmique et monotone d'une femme en amour non loin de là lui mesurait le temps écoulé. Il lui sembla que cette femme gémissait depuis la veille. Elle aurait voulu tordre quelque chose, se casser les doigts, crier.

Enfin Séléné rentra, les mains vides.

«Le miroir? demanda Bacchis.

—Il est… il n'est plus là… il est… il est… volé,» balbutia la servante.

Bacchis poussa un cri si aigu que tous se turent, et un silence effrayant suspendit brusquement le tumulte.

De tous les points de la vaste salle, hommes et femmes se rapprochèrent: il n'y eut plus qu'un petit espace vide où se tenait Bacchis égarée devant l'esclave tombée à genoux.

«Tu dis!… tu dis!…» hurla-t-elle.