Chrysis resta seule.
Elle s'assit et se releva, elle fit le tour de sa chambre, elle frappa les murs avec la paume de la main sans penser à quoi que ce fût. Elle déroula ses cheveux pour les rafraîchir, puis les renoua presque aussitôt.
On lui avait fait mettre un long vêtement de laine blanche. L'étoffe était chaude. Chrysis se sentit toute baignée de sueur. Elle étira les bras, bâilla, et s'accouda sur la haute fenêtre.
Au dehors, la lune éclatante luisait dans un ciel d'une pureté liquide, un ciel si pâle et si clair qu'on n'y voyait pas une étoile.
C'était par une semblable nuit que, sept ans auparavant, Chrysis avait quitté la terre de Genezareth.
Elle se rappela… ils étaient cinq. C'étaient des vendeurs d'ivoire. Ils paraient des chevaux à longue queue avec des houppes bigarrées. Ils avaient abordé l'enfant au bord d'une citerne ronde…
Et avant cela, le lac bleuâtre, le ciel transparent, l'air léger du pays de Gâlil.
La maison était environnée de lins roses et de tamaris. Des câpriers épineux piquaient les doigts qui allaient saisir les phalènes… On croyait voir la couleur du vent dans les ondulations des fines graminées…
Les petites filles se baignaient dans un ruisseau limpide où l'on trouvait des coquillages rouges sous des touffes de lauriers en fleurs; et il y avait des fleurs sur l'eau et des fleurs dans toute la prairie et de grands lys sur les montagnes, et la ligne des montagnes était celle d'un jeune sein…
Chrysis ferma les yeux avec un faible sourire qui s'éteignit tout à coup. L'idée de la mort venait de la saisir. Et elle sentit qu'elle ne pourrait plus, jusqu'à la fin, cesser de penser.