Ni Hélène sur les portes Scées, ni Phryné dans les flots d'Éleusis, ni Thaïs faisant allumer l'incendie de Persépolis n'ont connu ce qu'est le triomphe.

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Chrysis était apparue par la porte de l'Occident, sur la première terrasse du monument rouge.

Elle était nue comme la déesse, elle tenait des deux mains les coins de son voile écarlate que le vent enlevait sur le ciel du soir, et de la main droite le miroir où se reflétait le soleil couchant.

Avec lenteur, la tête penchée, par un mouvement d'une grâce et d'une majesté infinies, elle monta la rampe extérieure qui ceignait d'une spirale la haute tour vermeille. Son voile frissonnait comme une flamme. Le crépuscule embrasé rougissait le collier de perles comme une rivière de rubis. Elle montait, et dans cette gloire, sa peau éclatante arborait toute la magnificence de la chair, le sang, le feu, le carmin bleuâtre, le rouge velouté, le rose vif, et, tournant avec les grandes murailles de pourpre, elle s'en allait vers le ciel.

LIVRE V

I
LA SUPRÊME NUIT

«Tu es aimée des dieux, dit le vieux geôlier. Si moi, pauvre esclave, j'avais fait la centième partie de tes crimes, je me serais vu lier sur un chevalet, pendu par les pieds, déchiré de coups, écorché avec des pinces. On m'aurait versé du vinaigre dans les narines, on m'aurait chargé de briques jusqu'à m'étouffer, et si j'étais mort de douleur, mon corps nourrirait déjà les chacals des plaines brûlées. Mais toi qui as tout volé, tout tué, tout profané, on te réserve la ciguë douce et on te prête une bonne chambre dans l'intervalle. Zeus me foudroie si je sais pourquoi! Tu dois connaître quelqu'un au palais.

—Donne-moi des figues, dit Chrysis. J'ai la bouche sèche.»

Le vieil esclave lui apporta dans une corbeille verte une douzaine de figues blettes à point.