Il prit la mèche tiède entre le pouce et les doigts, l'éparpilla lentement, peu à peu, et sous la semelle de sa chaussure il la mêla dans la poussière.
III
CHRYSIS IMMORTELLE
Quand Démétrios se retrouva seul dans son atelier rouge encombré de marbres, de maquettes, de chevalets et d'ébauches, il voulut se remettre au travail.
Le ciseau dans la main gauche et le maillet au poing droit, il reprit, mais sans ardeur, une ébauche interrompue. C'était l'encolure d'un cheval gigantesque destiné au temple de Poseidôn. Sous la crinière coupée en brosse, la peau du cou, plissée par un mouvement de la tête, s'incurvait géométriquement comme une vasque marine onduleuse.
Trois jours auparavant, le détail de cette musculature régulière concentrait dans l'esprit de Démétrios tout l'intérêt de la vie quotidienne; mais le matin de la mort de Chrysis, l'aspect des choses sembla changé. Moins calme qu'il ne voulait l'être, Démétrios n'arrivait pas à fixer sa pensée occupée ailleurs. Une sorte de voile insoulevable s'interposait entre le marbre et lui. Il jeta son maillet et se mit à marcher le long des piédestaux poudreux.
Soudain, il traversa la cour, appela un esclave et lui dit:
«Prépare la piscine et les aromates. Tu me parfumeras après m'avoir baigné, tu me donneras mes vêtements blancs et tu allumeras les cassolettes rondes.»
Quand il eut achevé sa toilette, il fit venir deux autres esclaves:
«Allez, dit-il, à la prison de la reine; remettez au geôlier cette motte de terre glaise et faites-la-lui porter dans la chambre où est morte la courtisane Chrysis. Si le corps n'est pas jeté déjà dans la basse-fosse, vous direz qu'on s'abstienne de rien exécuter avant que j'en aie donné l'ordre. Courez en avant. Allez.»
Il mit un ébauchoir dans le pli de sa ceinture et ouvrit la porte principale sur l'avenue déserte du Drôme.