Dans une couverture du lit, elle enveloppa le beau cadavre; puis elle dit à Rhodis:

«Aide-moi.»

Elles la soulevèrent doucement; mais le fardeau était lourd pour les petites musiciennes et elles le posèrent sur le sol une première fois.

«Ôtons nos sandales, dit Myrto. Marchons pieds nus dans les couloirs. Le geôlier a dû s'endormir… si nous ne le réveillons pas, nous passerons, mais s'il nous voit faire il nous empêchera… Pour demain, cela n'importe pas: quand il verra le lit vide, il dira aux soldats de la reine qu'il a jeté le corps dans la basse-fosse, comme la loi le veut. Ne craignons rien, Rhodé… Mets tes sandales comme moi dans ta ceinture. Et viens. Prends le corps sous les genoux. Laisse passer les pieds en arrière. Marche sans bruit, lentement, lentement…»

V
LA PIÉTÉ

Après le tournant de la deuxième rue, elles posèrent le corps une seconde fois pour remettre leurs sandales. Les pieds de Rhodis, trop délicats pour marcher nus, s'étaient écorchés et saignaient.

La nuit était pleine de clarté. La ville était pleine de silence. Les ombres couleur de fer se découpaient carrément au milieu des rues, selon le profil des maisons.

Les petites vierges reprirent leur fardeau.

«Où allons-nous, dit l'enfant, où allons-nous la mettre en terre?

—Dans le cimetière d'Hermanubis. Il est toujours désert. Elle sera là en paix.