—Pauvre Chrysis! aurais-je pensé que le jour de sa fin je porterais son corps sans torches et sans char funèbre, secrètement, comme une chose volée.»
Puis toutes deux se mirent à parler avec volubilité comme si elles avaient peur du silence côte à côte avec le cadavre. La dernière journée de la vie de Chrysis les comblait d'étonnement. D'où tenait-elle le miroir, le peigne et le collier? Elle n'avait pu prendre elle-même les perles de la déesse: le temple était trop bien gardé pour qu'une courtisane pût y pénétrer. Alors quelqu'un avait agi pour elle? Mais qui? On ne lui connaissait pas d'amant parmi les stolistes commis à l'entretien de la statue divine. Et puis, si quelqu'un avait agi à sa place, pourquoi ne l'avait-elle pas dénoncé? Et de toutes façons, pourquoi ces trois crimes? À quoi lui avaient-ils servi, sinon à la livrer au supplice? Une femme ne fait pas de ces folies sans but, à moins qu'elle ne soit amoureuse. Chrysis l'était donc? et de qui?
«Nous ne saurons jamais, conclut la joueuse de flûte. Elle a emporté son secret avec elle, et si même elle a un complice, ce n'est pas lui qui nous renseignera.»
Ici Rhodis, qui chancelait déjà depuis quelques instants, soupira:
«Je ne peux plus, Myrto, je ne peux plus porter. Je tomberais sur les genoux. Je suis brisée de fatigue et de chagrin.»
Myrtocleia la prit par le cou:
«Essaye encore, mon chéri. Il faut la porter. Il s'agit de sa vie souterraine. Si elle n'a pas de sépulture et pas d'obole dans la main, elle restera éternellement errante au bord du fleuve des enfers, et quand, à notre tour, Rhodis, nous descendrons chez les morts, elle nous reprochera notre impiété, et nous ne saurons que lui répondre.»
Mais l'enfant, dans une faiblesse, fondit en larmes sur son bras.
«Vite, vite, reprit Myrtocleia, voici qu'on vient du bout de la rue. Mets-toi devant le corps avec moi. Cachons-le derrière nos tuniques. Si on le voit, tout sera perdu…»
Elle s'interrompit.