—Il y en a deux qui se penchent.

—C'est celui qui est en bleu.

—Je ne le vois pas bien. Il nous tourne le dos.

—Tu sais? c'est le sculpteur à qui la reine s'est donnée pour modèle quand il a sculpté l'Aphrodite du temple.

—On dit qu'il est l'amant royal. On dit qu'il est le maître de l'Égypte.

—Et il est beau comme Apollon.

—Ah! le voici qui se retourne. Je suis content d'être venu. Je dirai que je l'ai vu. On m'avait dit bien des choses sur lui. Il paraît que jamais une femme ne lui a résisté. Il a eu beaucoup d'aventures, n'est-ce pas? Comment se fait-il que la reine n'en soit pas informée?

—La reine les connaît comme nous. Elle l'aime trop pour lui en parler. Elle a peur qu'il ne retourne à Rhodes, chez son maître Phérécratès. Il est aussi puissant qu'elle et c'est elle qui l'a voulu.

—Il n'a pas l'air heureux. Pourquoi a-t-il l'air si triste? Il me semble que je serais heureux si j'étais lui. Je voudrais bien être lui, ne fût-ce que pour une soirée…»

Le soleil s'était couché. Des femmes regardaient cet homme, qui était leur rêve commun. Lui, sans paraître avoir conscience du mouvement qu'il inspirait, se tenait accoudé sur le parapet, en écoutant les joueuses de flûte.