Il ne lui était jamais arrivé de voir la nudité d'une femme sans une émotion intense. Il ne comprenait ni le dégoût devant les jeunesses trépassées, ni l'insensibilité devant les trop petites filles. Toute femme, ce soir-là, aurait pu le charmer. Pourvu qu'elle restât silencieuse et ne témoignât pas plus d'ardeur que le minimum exigé par la politesse du lit, il la dispensait d'être belle. Bien plus, il préférait qu'elle eût un corps grossier, car plus sa pensée s'arrêtait sur des formes accomplies, plus son désir s'éloignait d'elles. Le trouble que lui donnait l'impression de la beauté vivante était une sensualité exclusivement cérébrale qui réduisait à néant l'excitation génésique. Il se souvenait avec angoisse d'être resté toute une heure impuissant comme un vieillard près de la femme la plus admirable qu'il eût jamais tenue dans ses bras. Et depuis cette nuit-là, il avait appris à choisir des maîtresses moins pures.
«Ami, dit une voix, tu ne me reconnais pas?»
Il se retourna, fit signe que non et continua son chemin, car il ne déshabillait jamais deux fois la même fille. C'était le seul principe qu'il suivît pendant ses visites aux jardins. Une femme qu'on n'a pas encore eue a quelque chose d'une vierge; mais quel bon résultat, quelle surprise attendre d'un deuxième rendez-vous? C'est déjà presque le mariage. Démétrios ne s'exposait pas aux désillusions de la seconde nuit. La reine Bérénice suffisait à ses rares velléités conjugales, et en dehors d'elle il prenait soin de renouveler chaque soir la complice de l'indispensable adultère.
«Clônarion!
—Gnathênè!
—Plango!
—Mnaïs!
—Crôbylè!
—Ioessa!»
Elles criaient leurs noms sur son passage et quelques-unes y ajoutaient l'affirmation de leur nature ardente ou l'offre d'une pratique anormale. Démétrios suivait le chemin; il se disposait, selon son habitude, à prendre au hasard, dans le troupeau, quand une petite fille toute vêtue de bleu pencha la tête sur l'épaule, et lui dit doucement, sans se lever: