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Le prêtre alors la couvrit de parfums et entoura sa nudité du voile tissé par Tryphèra. Elles sortirent ensemble de la nef par la porte des jardins.

La procession semblait finie, et les autres courtisanes allaient retourner sur leurs pas, quand on vit entrer en retard une dernière femme sur le seuil.

Celle-ci n'avait rien à la main, et on put croire qu'elle aussi ne venait offrir que sa beauté. Ses cheveux semblaient deux flots d'or, deux profondes vagues pleines d'ombre qui engloutissaient les oreilles et se tordaient en sept tours sur la nuque. Le nez était délicat, avec des narines expressives qui palpitaient quelquefois, au-dessus d'une bouche épaisse et peinte, aux coins arrondis et mouvants. La ligne souple du corps ondulait à chaque pas, et s'animait du roulis des hanches ou du balancement des seins libres sous qui la taille pliait.

Ses yeux étaient extraordinaires, bleus, mais foncés et brillants à la fois, changeants comme des pierres lunaires, à demi clos sous les cils couchés. Ils regardaient, ces yeux, comme les sirènes chantent…

Le prêtre se tournait vers elle, attendant qu'elle parlât.

Elle dit:

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«Chrysis, ô Chryseïa, te supplie. Accueille les faibles dons qu'elle pose à tes pieds. Écoute, exauce, aime et soulage celle qui vit selon ton exemple et pour le culte de ton nom.»

Elle tendit en avant ses mains dorées de bagues et se pencha, les jambes serrées.