—Cela ne durera pas longtemps...

—Nous avons encore de quoi vivre ici honnêtement pendant un mois.

—Et après?

—Après? Est-ce que vous croyez sérieusement, mon ami, que je serai embarrassée?»

Je ne répondis rien, mais je l’aurais tuée de tout mon cœur.

Elle reprit:

«Vous ne m’entendez pas. Si je veux rester ici, je saurai comment faire; mais qui vous dit que j’y tienne tant? L’année dernière, j’ai couché pendant trois semaines sous le rempart de la Macarena. Je demeurais là, par terre, presque au coin de la rue San-Luis, vous savez, à l’endroit où se tient le sereno; c’est un brave homme; il n’aurait pas permis qu’on s’approchât de moi pendant mon sommeil, et il ne m’est jamais rien arrivé, que des aventures en paroles. Je puis retourner là demain, je connais ma touffe d’herbe; on n’y est pas mal, croyez-moi. Dans le jour, je travaillerai à la Fábrica ou ailleurs. Je sais vendre des bananes, sans doute? Je sais tricoter un châle, tresser des pompons de jupe, composer un bouquet, danser le flamenco et la sevillana. Allez, don Mateo, je me tirerai d’affaire!»

Elle me parlait à voix basse et pourtant j’entendais sonner chacun de ses mots comme des paroles sinaïtiques dans la rue vide et pleine de lune. Je l’écoutais moins que je ne regardais bouger la double ligne de ses lèvres. Sa voix tintait dans un murmure clair comme un carillon de cloches de couvent.

Toujours accoudée, la main droite plongée dans ses cheveux lourds et la tête soutenue par les doigts, elle reprit avec un soupir:

«Mateo, je serai votre maîtresse après-demain.»