«Que tu m’as bien battue, mon cœur! Que c’était doux! Que c’était bon!... Pardon pour tout ce que je t’ai fait! J’étais folle... Je ne savais pas... Tu as donc bien souffert pour moi?... Pardon! Pardon! Pardon, Mateo!»

Et elle me dit encore, de la même voix douce:

«Tu ne me prendras pas de force. Je t’attends dans mes bras. Aide-moi à me lever... Je t’ai dit que je te réservais une surprise? Eh bien, tu le verras tout à l’heure, tu le verras: je suis toujours vierge. La scène d’hier n’était qu’une comédie, pour te faire mal... car je puis te le dire, maintenant: je ne t’aimais guère, jusqu’aujourd’hui. Mais j’étais bien trop orgueilleuse pour prendre un Morenito... Je suis à toi, Mateo. Je serai ta femme ce matin si Dieu veut. Essaye d’oublier le passé et de comprendre ma pauvre petite âme. Moi, je m’y perds. Je crois que je m’éveille. Je te vois comme je ne t’ai jamais vu. Viens à moi.»

Et en effet, monsieur, elle était vierge.

XIV

Où Concha change de vie, mais non de caractère.

Ceci ferait une fin de roman, et tout serait bien qui finirait par une telle conclusion. Hélas! que ne puis-je m’arrêter là! Vous le saurez peut-être un jour: jamais un malheur ne s’efface au cours d’une existence humaine; jamais une plaie n’est guérie; jamais la main féminine qui sema l’angoisse et les larmes ne saura cultiver la joie dans le même champ déchiré.

Huit jours après ce matin-là (je dis huit jours; cela n’a pas été long), Concha rentra, un dimanche soir, quelques minutes avant le dîner, en me disant:

«Devine qui j’ai vu? Quelqu’un que j’aime bien... Cherche un peu... J’ai été contente.»

Je me taisais.