Je ne rentrai à Séville qu’après un an de voyages. Elle était mariée depuis quinze jours à un jeune fou, d’ailleurs bien né, qu’elle a fait envoyer en Bolivie avec une hâte significative. Dans sa dernière lettre, elle me disait: «Je serai à toi seul, ou alors à qui voudra.» J’imagine qu’elle est en train de tenir sa seconde promesse.

J’ai tout dit, monsieur. Vous connaissez maintenant Concepcion Perez.

Pour moi, j’ai eu la vie brisée pour l’avoir trouvée sur ma route. Je n’attends plus rien d’elle, que l’oubli; mais une expérience si durement acquise peut et doit se transmettre en cas de danger. Ne soyez pas surpris si j’ai tenu à cœur de vous parler ainsi. Le carnaval est mort hier; la vie réelle recommence; j’ai soulevé un instant pour vous le masque d’une femme inconnue.

«Je vous remercie», dit gravement André, en lui serrant les deux mains.

XV

Qui est l’épilogue et aussi la moralité de cette histoire.

André revint à pied vers la ville. Il était sept heures du soir. La métamorphose de la terre s’achevait insensiblement par un clair de lune enchanté.

Pour ne pas revenir par le même chemin—ou pour toute autre raison,—il prit la route d’Empalme après un long détour à travers la campagne.

Le vent du sud l’enivrait d’une chaleur intarissable qui, à cette heure déjà nocturne, était encore plus voluptueuse.

Et comme il s’arrêtait, les yeux presque fermés, pour jouir de cette sensation nouvelle avec frisson, une voiture le croisa, et s’arrêta brusquement.