En s'éveillant, si elle ne murmura pas: «Où suis-je?» comme une ingénue de féerie, ce fut parce que, le long d'elle, silencieuse et accoudée, Mirabelle la considérait avec une tendresse vigilante et déjà presque conjugale.

—C'est toi? dit-elle. Et nous sommes seules? Personne ne nous a trouvées?... Bonjour, Mirabelle. Tu as bien dormi?

Non, la danseuse n'avait pas fermé les yeux. Habituée aux nuits sans sommeil, elle avait passé celle-là dans l'attente, et les désirs. Pendant la première heure du jour, elle s'était mise à genoux devant le visage de Line pour jeter son ombre sur elle. Mais plus tard, avec le changement de lumière, un long cyprès opaque et noir ayant bien voulu se charger du même soin, elle s'était levée de là pour voler des figues, et lorsque enfin la blanche Aline abandonna son dernier rêve, toutes deux se mirent à goûter.

Le repas était maigre et l'ombre chaude. Par-dessus les buissons de myrte on apercevait des moissonneurs bleus dans les céréales de cuivre et des passantes sur la route.

—Tu vois, dit Mirabelle. Nous ne sommes pas seules du tout. Nous ne pouvons pas rester ici. Veux-tu marcher jusqu'à Tryphême? La ville est à deux lieues de nous, ce n'est pas long. Nous nous cacherons là bien mieux que dans les bois.

Line se pendit à son épaule et elles s'en allèrent par les prés. Un peu plus loin, il leur fallait traverser le premier village. La rue était déserte et blanche. Une auberge s'offrit à droite.


Sa façade fraîchement peinte et couleur de paille, ses tonnelles ombreuses, son jardin, ses vieux arbres tentèrent Mirabelle tout à coup.

À cette heure de la journée les paysans travaillaient aux champs. Il n'y avait personne autour de la porte ouverte; si elles s'y glissaient rapidement, aucun témoin ne pourrait les trahir. Telle fut du moins la raison, ou plutôt le faible prétexte qui lui fit obéir si vite à la hâte extrême de ses sens.

—Entrons là, dit-elle.