—Où tu veux.


On leur donna la plus belle chambre. Aussitôt, Line voulut un grand tub, et une éponge neuve, et un panier de cerises, et du chocolat, et un éventail, et du sirop de citron, et de la glace, beaucoup de glace, et de l'eau chaude, beaucoup d'eau chaude.

Elle obtint ces choses très précieuses, puis ferma les deux verrous. Mirabelle la suivait pour l'étreindre; mais Line joignit les deux mains, fit un sourire derrière une moue et prit une voix de petite mendiante en expliquant qu'il faisait chaud, qu'elles étaient seules, que personne ne les gronderait, enfin qu'elles pouvaient bien faire leur toilette ensemble et se mettre «un peu toutes nues».

Mirabelle eut un frisson.

La simplicité de Line la déconcertait. Habituée à tous les expédients de la débauche urbaine, aux résistances qui se font vaincre, aux corsages qui cèdent d'une agrafe, aux jupons multiples et chauds, aux pantalons hospitaliers, la danseuse ne comprenait plus l'état d'esprit de cette petite qui demandait la nudité comme une tenue de jeu sans aucune des transitions en usage sur les divans.

Les personnes qui, successivement, dans les coulisses, les fiacres ou les rez-de-chaussée avaient pris sur elles de former par des conversations intimes sa jeune âme soumise à leurs seules influences s'y étaient prises de telle façon que Mirabelle imaginait ses semblables sous deux aspects toujours contraires: les femmes chastes et les femmes sataniques. De l'extrême décence à la perversité, il n'y avait rien dans ces conceptions du caractère féminin. Et, comme de très bonne heure une tante nécessiteuse lui avait demandé de faire choix entre les vertus et les vices, sans insister autrement pour qu'elle embrassât les vertus, elle avait appris tous les vices afin de se distinguer le plus tôt possible dans l'une des deux voies parallèles qui représentaient à ses yeux l'avenir moral d'une jolie enfant. Qu'il y en eût une troisième et qu'on pût être nue sans avoir dans les yeux la flamme des ancestrales luxures (comme s'expriment nos écrivains), Mirabelle, en bonne Française et lectrice de romans-feuilletons, ne s'en doutait pas encore, à l'aube de ses dix-huit ans. Pour elle, le geste de la femme était uniformément la mimique à double entente de la Statue Pudique ou Indicatrice: qui ne masquait pas, désignait; qui ne se défendait pas, voulait provoquer.

En écoutant la blanche Aline et en voyant ses yeux si purs, Mirabelle se dit simplement:

—Ce sont les mœurs de Tryphême: mais quel singulier pays!