La première, elle retira ses vêtements avec des gestes qui, tour à tour, hésitaient ou se pressaient devant les boutons. Elle n'osa pas une fois sourire, et même, surprise de son trouble, elle ne sut que faire de ses bras lorsqu'elle n'eut plus rien à enlever.

Debout, nerveuse, les deux mains sous la nuque, une jambe frémissante et le corps souple, elle se mordait la lèvre, elle pliait son cou mobile et changeait constamment de regard.

Cependant, assise devant elle et le menton sur les doigts, Line achevait de se renseigner avec un prodigieux intérêt.

Mirabelle, impatiente, lança:

—Je te plais?

—Tu ressembles... veux-tu que je te dise à qui? À une statue de Narcisse qui est au fond du parc. Mais Narcisse est un monsieur... Tu es la première fille que je regarde ainsi; je n'ai jamais eu d'amie, tu sais, et je ne vois que de loin les femmes de papa... Je te trouve beaucoup plus jolie qu'elles.

En effet, et à part un simple détail qu'il n'était pas nécessaire d'examiner à tout moment, on pouvait à la rigueur prendre Mirabelle pour un jeune homme. Ce n'était pas sans de bonnes raisons qu'elle jouait les rôles travestis. Telle était l'ambiguïté de ses formes et de son maintien, que, pour mimer les jeunes premiers avec leur vraisemblance physique, elle n'avait besoin de vêtir ni le pourpoint ni le haut-de-chausses. Le tutu suffisait bien.

Elle était grande, mais légère, les flancs droits et le ventre plat. Ses jambes de danseuse alerte prouvaient leur robustesse par une musculature complexe et fine qui se dessinait à la surface lorsqu'elle tendait les jarrets. Le haut du corps était plus grêle.

Dans la peau délicate et pâle de la poitrine, deux sombres petites chevilles marquaient seules la place des seins. Ses cheveux bruns, bouclés et courts, se fendaient d'une raie à droite et se gonflaient en mèche sur le front.

Ce genre de beauté n'est pas exactement celui qui inspire le lyrisme des poètes hindous; mais Mirabelle, qui lisait peu les stances de Bhartrihari, se trouvait assez volontiers singulière et même «piquante», selon le style des compliments qu'elle recevait passé minuit. Elle ne fut donc pas offusquée d'entendre sa nouvelle amie déclarer après beaucoup d'autres qu'elle ressemblait à un garçon. Ramenée par cette petite phrase dans l'ordre de ses habitudes, elle vint lestement s'asseoir sur les genoux de la blanche Aline.