OÙ L'ON PRÉSENTE LE ROI PAUSOLE, SON HAREM, SON GRAND-EUNUQUE ET LE PALAIS DU GOUVERNEMENT.
... Mais dans mon inconstance extresme
Qui va comme flus et reflus,
Je n'ay pas si tost dit que j'ayme
Que je sens que je n'ayme plus.
Saint-Amant.
Le jour où Pausole se connut (ce fut longtemps avant l'année où naquit la blanche Aline), il constata qu'il possédait trois habitudes et un défaut de caractère.
Ses habitudes étaient, par ordre décroissant, la paresse, le plaisir et la bienfaisance.
Il recherchait, en premier lieu, l'inactivité.
Puis, la satisfaction.
Enfin, la philanthropie.
Son défaut de caractère, qui jouera dans ce conte un rôle prépondérant, était une irrésolution exemplaire et générale dont il ne se plaignait jamais, car elle seule donnait par contraste une sensualité supérieure à la paix de ses fainéantises.
Il avait le sentiment de l'irréparable quand il fermait une fenêtre. Choisir un fruit, une femme ou une cravate le frappait d'une perplexité qui ressemblait à une angoisse. Jamais il ne déchirait un papier, même une enveloppe, de peur de regretter plus tard une détermination si inconsidérée. A peine avait-il exprimé un désir ou dicté un ordre, il arrêtait aussitôt ceux qui se pressaient d'obéir et il avait des «Attendez. Ce n'est pas le moment», des «Nous verrons plus tard» et des «Laissons cela» qui maintenaient son existence dans le circonspect et le provisoire, tant il redoutait le définitif.