—Tout le monde! répondit Rosine. Il est arrivé des choses épouvantables et on vous met tout sur le dos. Venez là, derrière les palmiers; je vous raconterai. Asseyez-vous près de moi.
Le page prenait soin de son maillot jaune et le talus qu'on lui offrait ne le tenta pas. Il attendit que Rosine s'y fût placée d'abord, puis il s'assit très confortablement sur les bonnes cuisses de la jardinière et lui passa le bras autour du cou sous le prétexte le plus tendre, mais aussi le plus mensonger.
—Eh bien, raconte-moi. Que s'est-il passé?
Elle lui fit tout connaître, mais tout à la fois, et sans se préoccuper outre mesure de la belle clarté française qui tenait sans doute peu de place dans ses théories littéraires.
On avait amené un chameau, saccagé la remise des machines, brisé les moissonneuses, faussé les fourches, crevé le carrelage, c'en était une catastrophe... La laiterie aussi était dans l'état le plus lamentable: le lait répandu, les seaux dérobés. Sur le chameau, il y avait une belle dame, une très belle dame dans une grande corbeille comme une tonnelle avec des tapis...
—Elle a trouvé Nicole sur les genoux du Roi. Nicole jure qu'elle était sage, mais la dame dit qu'elle a vu... Enfin, ça n'est pas clair, voilà! La petite en est bien capable. Elle en sait long, cette gamine-là, elle est toujours dans les livres, et elle vous raconte des histoires d'amour comme si ça lui était arrivé... Sitôt que la dame est entrée, elle s'est mise dans une colère de tous les diables, et le Roi aussi et tout le monde criait, fallait voir! On n'a jamais entendu chose pareille... Et le pire, c'est qu'il y a une victime: la laitière est assassinée!
—Assassinée? répéta Gilles, qui pâlit un peu.
—Assassinée.
Puis, en paysanne de banlieue qui lit son petit journal tous les matins, elle ajouta:
—Le vol a été le mobile du crime.