—Qu'est-ce que c'est que cette histoire?

—Ah! monsieur! Faut-il qu'il y ait des gens mauvais, tout de même! C'est pour lui prendre ses quatre nippes qu'on a égorgé cette pauvre fille-là: juste un foulard, un fichu, une jupe d'hiver et un chapeau. On l'avait bien entendue se plaindre à la fin de l'après-midi, mais personne n'a osé monter. C'est le monsieur du palais qui est entré le premier, le même qui a enfermé la dame...

—Oh! ma tête! gémit Giguelillot. Quelle dame? Quel monsieur du palais?

—Un monsieur tout en noir avec un chapeau plat.

—Quand est-il arrivé?

—Au milieu de la bataille. Il a tout calmé en cinq minutes. C'est un ministre, il paraît, un homme qui a l'air très sérieux. Sans lui, on n'en serait jamais venu à bout.

—À bout de quoi?

—De la dame. Il l'a enfermée dans une chambre à pain, avec une bougie et un gros livre comme un bréviaire, pour la consoler, qu'il a dit. Alors, quand tout a été fini, on est venu lui raconter comme la laiterie était sens dessus dessous. Il a demandé la laitière. On ne la trouvait nulle part et on n'osait pas aller la voir dans sa chambre, à cause des geignements qu'on avait entendus. Mais lui, ça ne lui a pas fait peur. Il y est monté tout droit. Et qu'est-ce qu'il a vu? Paraît qu'on l'a tuée sur son lit. La moitié des draps est par terre et le reste plein de sang. Le crime est flagrant, qu'il a dit. Et on ne peut pas retrouver le corps. Probable que l'assassin l'aura jeté quelque part. Le monsieur du palais va faire curer les puits.

—Et c'est moi qu'on accuse de ce beau crime? interrompit Giglio, qui comprenait enfin.

—Oui, de l'assassinat et de tout le reste. Le Roi vous attend pour vous envoyer en prison. Le monsieur du palais disait même que, pour vous, on devrait rétablir les supplices et vous brûler tout vif sur un bûcher.