Comme elle s'évanouissait dans l'herbe, Giguelillot s'en alla d'un pas léger, alluma une cigarette et se remit à composer un deuxième sonnet sur le secteur céleste qui l'intéressait.
Il ne s'agissait plus ni de char ni d'éventail: l'astre central devint un œil de paon et les huit autres le sommet de l'aigrette; puis l'aigrette se posa sur le front d'une femme; la chevelure s'agrandit, devint le ciel même, et des millions de perles y nageaient.
[CHAPITRE IV]
COMMENT GIGUELILLOT SE PRÉSENTA CHEZ LE ROI, ET QUELLES PAROLES FURENT PRONONCÉES POUR ET CONTRE SA BONNE CAUSE.
Ipsa tulit camisia;
Die Beyn die waren weiss.
Fecerunt mirabilia
Da niemand nicht umb weiss;
Und da das Spiel gespielet war
Ambo surrexerunt:
Da ging ein jeglichs seinen Weg
Et nunquam revenerunt.
Chanson populaire allemande.—XVIe
Giguelillot ne se rendit pas directement chez le Roi.
Il se glissa dans les écuries par une fenêtre, de peur que son entrée ne fût guettée à la grand'porte, et en passant il vint flatter de la main les naseaux du petit zèbre Himère, qui s'en ébroua de satisfaction.
Comme le pauvre animal s'agitait devant une mangeoire vide, Giguelillot retira toute la paille fraîche et bonne dont on venait d'emplir le râtelier de Kosmon et il la fit passer très simplement de gauche à droite.
Ce Kosmon l'exaspérait; il paya cher ce soir-là l'honneur d'appartenir à un cavalier huguenot. Le petit page ne se contenta pas de lui enlever sa nourriture; il prit sous une cheville les grands ciseaux à tondre et coupa tous les poils de la queue, qui dressa un misérable moignon priapique et mal rasé; il tondit presque toute la crinière en laissant pendre çà et là quelques misérables crins, puis, avec les ustensiles dont on se servait à la ferme pour marquer le dos des bestiaux, il composa et imprima sur la robe terne du vieux cheval le chiffre 1572, où il pensait que le parpaillot verrait à la fois nargue, affront et menace.