Pausole retomba sur sa chaise.
D'une voix respectueuse et tranquille, le page continua par ces paroles ailées:
—Le désir le plus vif de Votre Majesté est en ce moment le repos du lit. Monsieur que voici ne paraît pas s'être occupé de cette question capitale. J'ai eu, à sa place, l'honneur de faire préparer aujourd'hui, dans le château voisin, de vastes appartements pourvus d'épais rideaux et de lits spacieux qui sont dignes en tous points de recevoir le Roi.
Pausole simplifia d'une ride, puis de deux, le froncement de ses sourcils.
—Secondement, Votre Majesté ne peut oublier qu'Elle a entrepris cette promenade dans le but de retrouver et de ramener au palais S. A. la Princesse Aline. Nous ne possédions sur cette auguste affaire que deux renseignements assez vagues. Son Altesse «venant d'un petit bois d'oliviers» avait été reconnue à l'«hôtel du Coq». J'ai envoyé les quarante gardes au petit bois d'oliviers pour y recueillir, s'il se peut, d'autres preuves. Et j'ai mené moi-même l'enquête, dans un secret absolu, à l'intérieur de l'hôtel. La Princesse l'a déjà quitté, mais je rapporte de là les renseignements les plus précieux: jusqu'à une lettre autographe. La voici.
Ouvrant son escarcelle, il en tira une lettre et la déposa devant le Roi, dont l'attitude se transformait de plus en plus.
—J'avais cru pouvoir éloigner les gardes, poursuivit-il. Votre Majesté n'en demande jamais et elle n'en eut jamais besoin, tant Elle est aimée de son peuple. S'il y a eu scandale et trouble aujourd'hui, c'est que Monsieur le Grand-Eunuque, dont le seul devoir était d'assurer le bon ordre au harem, avait sans doute mal pris ses dispositions puisqu'une des Reines a pu s'enfuir dans l'appareil le moins dissimulé, pour venir soulever ici non seulement la foule, mais les commentaires.
—Monsieur! cria Taxis, je vous somme de prouver...
—Allons! Allons! Laissez parler, dit Pausole. Ce petit page se défend d'une accusation grave. Il ne s'explique pas mal du tout. Je veux l'entendre. Vous répliquerez: c'est le droit du ministère public; mais notre devoir est d'écouter les arguments de la défense, surtout quand elle s'exprime avec modération et avec franchise comme c'est le cas.