—Ah! mais non! déclara Pausole. Mon cher monsieur, Tryphême n'est pas le monde renversé; c'est un monde meilleur, je l'espère du moins, mais je n'ai pas épargné tant de liens à mon peuple pour le faire souffrir avec d'autres chaînes. Imposer le nu sur la voie publique! Mais voyons, monsieur Lebirbe, ce serait aussi ridicule que de l'interdire!

Puis, scandant ses premiers mots avec des coups de poing abaissés dans le vide, Pausole articula lentement:

—Monsieur, l'homme demande qu'on lui fiche la paix! Chacun est maître de soi-même, de ses opinions, de sa tenue et de ses actes, dans la limite de l'inoffensif. Les citoyens de l'Europe sont las de sentir à toute heure sur leur épaule la main d'une autorité qui se rend insupportable à force d'être toujours présente. Ils tolèrent encore que la loi leur parle au nom de l'intérêt public, mais lorsqu'elle entend prendre la défense de l'individu malgré lui et contre lui, lorsqu'elle régente sa vie intime, son mariage, son divorce, ses volontés dernières, ses lectures, ses spectacles, ses jeux et son costume, l'individu a le droit de demander à la loi pourquoi elle entre chez lui sans que personne l'ait invitée.

—Sire...

—Jamais je ne mettrai mes sujets dans le cas de me faire un tel reproche. Je leur donne des conseils, c'est mon devoir. Certains ne les suivent pas, c'est leur droit. Et tant que l'un d'eux n'avance pas la main pour dérober une bourse ou donner une nasarde, je n'ai pas à intervenir dans la vie d'un citoyen libre. Votre œuvre est bonne, monsieur Lebirbe; faites qu'elle se répande et s'impose, mais n'attendez pas de moi que je vous prête des gendarmes pour jeter dans les fers ceux qui ne pensent pas comme nous.

[CHAPITRE VII]

OÙ L'ON FAIT DES RÉCITS DE VOYAGE SUR UN PAYS BIEN SINGULIER.

«Je vous diray quelques Sonnets et croy que vous ne doutez du sujet.

—Non, respondirent ces Bergeres, ils seront de l'Amour.»

Remy Belleau.

À cet instant, une petite voix joyeuse et presque émue osa crier du fond de la pièce: