—Vous avez vécu dans ce pays-là?
—J'y suis né, madame.
—Oh! pardon. Je vous croyais Italien. Vous disiez?... continuez donc... cela me passionne.
—Dans les milieux bourgeois, le geste est différent. Sur un trottoir, par exemple, une dame se sent suivie par un membre de la Chambre Haute pour qui elle ne peut avoir qu'une vénération toute filiale; elle la lui témoigne par une manœuvre assez difficile à réussir et qui consiste à tirer la jupe et à la relever de façon à mouler les formes en arrière, tout en dévoilant le mollet gauche. Ce n'est pas intéressant du tout, mais le septuagénaire est enchanté.
—Je ne comprends pas...
—Moi non plus... Dans les classes dites supérieures, le retroussé est plus en faveur du côté du décolletage. Voici comment on l'obtient: le vieillard étant debout et la jeune femme assise, celle-ci se penche en serrant les bras et en bombant les épaules; la posture est disgracieuse, mais le corsage flotte, s'élargit; l'œil du vieux monsieur s'y darde, et quand le sein de la dame est assez complaisant pour laisser voir la forme, la nuance et les curiosités de sa pointe, le septuagénaire ne se sent pas de joie.
—Mais que pensent les jeunes gens de tout cela?
—Les jeunes gens? la plupart pensent comme leurs grands-pères... Ils obtiennent des retroussés plus complets, voilà tout... Les autres n'osent pas protester...
—Et les dames?
—Oh!...les dames en ont tellement l'habitude! Et puis c'est la mode: on ne peut rien contre elle... Tout à l'heure, j'entendais M. Lebirbe dire au Roi que, sur son théâtre, les amoureuses se mettaient nues avant de chanter: «Extase! Ivresse!» Mais à Paris, monsieur Lebirbe, personne n'y comprendrait rien. L'uniforme des courtisanes, c'est le corset noir et les bas noirs avec ou sans pantalon; autrefois, cela se gardait même au lit, disent les bons auteurs; maintenant cela ne se porte plus qu'à la chambre, et voilà un point de gagné, mais le public des petits théâtres le sait-il? Pour lui, toutes les femmes nues représentent la même personne, la seule qu'il ait jamais vue dans les journaux illustrés: c'est la Vérité sur M. Dreyfus. Si on le faisait venir en scène, il y aurait des manifestations.