Philis et Galatée se consultèrent du regard; mais tandis que l'aînée restait immobile, la cadette sortit en silence, piquée d'honneur, et sensible au défi.

Pausole tendait la main du côté de son page.

—Gilles, montre-moi ton livre, dit-il. Qu'est-ce que je vois donc sur la couverture?

Et comme le page lui remettait le volume:

—Oh! que c'est vilain! fit le Roi. Peux-tu publier des vers sous une pareille estampille? M. Lebirbe me disait à l'instant que ces sortes d'excitations s'adressaient à quelques vieillards dont nous haïssons tous deux l'hypocrisie et la sottise.

—À Tryphême, répondit Giglio, il en est peut-être ainsi. Mais en France, où les vieillards dirigent les mœurs et font les lois, elles s'adressent au peuple entier. Le retroussé est le costume national des Françaises. On le produit partout, dans les bals publics, au café-concert, au théâtre, à l'Élysée et même dans le monde. Au milieu des caricatures étrangères, le retroussé désigne la France entre le lion anglais et l'aigle d'Allemagne. Si j'ai fait graver sur mon livre une dame entièrement vêtue de noir excepté vers le haut des jambes, c'était pour qu'on vît tout de suite que je parlais des Parisiennes.

—Quelle singulière mode! fit Diane rêveuse. Pourquoi plaire aux vieillards et non aux jeunes gens?

—Les Parisiennes veulent plaire à tout le monde, et elles ont un respect très particulier pour les vieux messieurs... Il s'exprime différemment selon la femme et selon l'heure du jour...

—Oh! dites-nous! C'est si curieux, ces mœurs des pays sauvages...

—Dans les classes inférieures, la femme exprime sa déférence envers l'homme âgé en levant le pied à la hauteur de son œil. Ce geste est généralement accompagné d'une exclamation ironique ou injurieuse; mais le septuagénaire est enchanté. Si la scène se passe dans un bal public, la police et la tradition veulent que la femme montre en même temps des dessous multiples, beaucoup de fausses dentelles et de madapolams sales. L'habitué du Moulin-Rouge ou du Casino de Paris n'aime que l'élégance de la cuisse, et il distingue assez mal le linon de la cotonnade: plus il y a de linge, plus il est content. Si, au contraire, nous sommes au cabaret, ou dans la rue le soir, ou dans les familles simples, il ne faut porter de linge nulle part pour ravir le septuagénaire par ce salut de bas en haut. Les ethnologues constatent, sans les expliquer, ces contradictions du goût français.