—Mais pardon, mademoiselle Philis, qu'est-ce que vous croyez ignorer?

—Ce qui est mal, dit-elle simplement.

Elle s'expliqua:

—Il paraît que c'est très honteux de recevoir un jeune homme dans sa chambre... On fait donc le mal avec lui?

—Mais non, mais non, fit Giguelillot.

—Si. Papa nous le défend. Il ne reçoit jamais de jeunes gens, et quand on lui demande pourquoi, il répond qu'il a des filles. Tout ce que je viens de vous dire, évidemment, ce sont des façons de jouer qui ne font de mal à personne; alors ce n'est pas cela qu'on défend.

—Bien entendu... Et je suis sûr que M. Lebirbe vous protège contre «certains» jeunes gens; ceux qui ne savent pas jouer, vous me comprenez bien. Mais s'il apprenait que vous jouez avec moi...

—Vous? Mais vous surtout, grand Dieu! Ce soir je ne sais pas ce que vous lui avez dit, il vous craignait comme le diable, et il avait fait coucher une bonne sur un matelas dans le corridor, entre la porte de ma sœur et la mienne. Vous savez que ma sœur dort là-bas tout au fond? Elle a horreur des domestiques, Galatée, et elle n'aime pas être surveillée. Elle a donné de l'argent à la bonne en la priant d'aller coucher dans les communs comme d'habitude. Quelle chance, dites? sans cela je n'aurais pas pu vous voir.

Cette confidence intéressa vivement Giglio. On avait dit oui des deux côtés. Il regarda la petite Philis et sentit un scrupule devant elle. Il pensa qu'attendu par l'aînée, résolu à la connaître, il n'avait guère le droit de conduire la plus jeune à d'irréparables imprudences, et qu'il valait mieux aborder la plus responsable des deux.

Discret, il se borna donc à donner les éclaircissements que lui demanda la petite Philis sur un certain sujet dont elle était curieuse. Il lui donna aussi des conseils, des méthodes de rêverie et des leçons faciles, mais il ne lui suggéra rien dont elle ne sût les éléments.