—Vous êtes insupportable! Je suis sûre que vous allez me condamner et vous ne saurez pas pourquoi j'ai raison.

—Je sais déjà très bien pourquoi vous avez tort...

—Quand je le disais! Vous ne m'entendez pas!

—Je vous entends d'avance, et je veux vous épargner la peine d'achever une conversation qui vous embarrasse beaucoup... Un monsieur que je connais et qui passe pour un esprit fin ne dit jamais que la moitié des phrases parce qu'un interlocuteur avisé en devine le dessein dès les premiers mots et que pendant la conclusion, l'adversaire, n'ayant pas besoin d'écouter, préparerait trop à loisir ses arguments à brûle-pourpoint.

—Alors terminez mon rôle vous-même. Il faut que je sache au moins si vous m'avez comprise.

—Si je vous ai... Mais à votre place je ne penserais pas autrement que vous. Et j'aurais tort. Et c'est ce que je voudrais vous dire en deux mots, qui, bien entendu, ne serviront à rien. Je m'y attends.

—Dites.

—Voici. Vous avez vingt-trois ans, vous êtes belle, vous êtes jeune fille depuis une dizaine d'années, vous avez beaucoup pleuré quand vous avez eu quinze ans, seize, dix-sept et ainsi de suite; vous lisiez des romans très chauds où des personnes de votre âge, parfois même un peu plus jeunes, passaient des nuits échevelées avec des amants plus que parfaits; votre jumelle vous a prouvé que ces romans-là n'étaient pas des fables, et quand vous vous êtes comparée aux personnes qui vous font envie, vous avez reconnu à des signes certains que vous pourriez faire comme elles le bonheur de plusieurs messieurs qui pourraient aussi faire le vôtre.

—Ouf! dit Galatée. J'aime mieux ne pas avoir dit tout cela. Ne me regardez pas ainsi. Vous me gênez beaucoup.

—En lisant ma lettre, continua Giglio, vous n'avez pas cru un instant que je vous aimais, ou plutôt vous avez espéré que je ne vous aimais pas...