Elle se retourna, ouvrit les jambes, s'étira en serrant les poings et en tendant la poitrine, puis retomba, les sourcils froncés.
Rêvait-elle encore? c'est presque certain, car l'esprit hanté sans doute par les dernières paroles du Roi, elle eut la vision suivante:
La porte, restée entre-bâillée pour maintenir un courant d'air au milieu de cette nuit trop chaude, tournait lentement sur elle-même... Un page entrait, d'abord timide, puis rassuré, puis entreprenant... Deux mains légères passaient délicieusement sur toute sa peau chaude et moite... Une douce joue câline lui frôlait le sein gauche... Puis un sourire licencieux vint effleurer le sien et se mêler à lui... Elle murmura (de la voix des songes): «Prenez garde...» Et elle crut qu'on lui répondait: «Rien n'éveille le Roi, madame...» Alors, comme elle se retournait sur le côté gauche, pour mieux surveiller le sommeil qu'elle appréhendait d'interrompre, il lui sembla que le page se comportait envers elle beaucoup plus en mari qu'en fidèle servant... Elle tressaillit trois fois, perdit toute conscience et tomba du haut de son rêve dans l'anéantissement noir.
FIN DU LIVRE TROISIÈME
[LIVRE QUATRIÈME]
CHAPITRE PREMIER
COMMENT DIANE À LA HOUPPE EXPLIQUA SON RÊVE ET THIERRETTE SES AMBITIONS.
En général, vous verrez les femmes préférer un fat à un honnête homme, un libertin à un amant qui a des mœurs... Cette préférence, de la part des femmes, tient dans la nature aux convenances sexuelles qu'elles imaginent sous un rapport plus intéressant, et dans le moral à ce sentiment inné par lequel chacun recherche ce qui a le plus d'identité avec lui.
La Femme dans l'ordre social et dans l'ordre de la nature.—1787.
Les cloches de la Pentecôte sonnèrent à grande volée dès neuf heures et demie du matin, et Diane, qui avait oublié de faire prévenir le carillonneur, s'éveilla pour la seconde fois.