—Et tu prévois que tu resteras malheureuse?

—Oui. Mais moins malheureuse d'un jour chaque année.

—C'est désolant, reprit Pausole. C'est désolant.

Diane, mécontente du point où elle avait conduit la conversation, se demandait déjà comment elle allait persuader au Roi de consentir à voir en elle seule trois cent soixante-cinq femmes diverses; mais le bon Pausole remuait dans son esprit des scrupules de tout autre sorte:

—Je devrais peut-être, fit-il, aller plus loin... J'y ai déjà songé... Eh! qu'il est parfois délicat d'accorder son propre bonheur et sa propre liberté avec la liberté et le bonheur des autres! C'est un idéal impossible: il faut toujours aller jusqu'au sacrifice. Et alors la question se pose de savoir qui doit se sacrifier... Je veux bien la résoudre contre moi, cette question, si elle se rapproche ainsi de l'équité...

—Contre vous?

—Eh! oui! Je me rends compte qu'en obligeant ces jeunes femmes à une continence absolue pendant presque toute leur adolescence, je leur fais acheter trop cher les satisfactions que le titre de reine peut donner à leur tendresse ou plus souvent à leur vanité. Elles s'en accommodent. Je le sais bien. Cela est pourtant contre la nature, et je me suis demandé parfois si je ne devrais pas lâcher le corps des pages nuit et jour dans le harem en fermant les yeux sur ce qui se passerait très probablement... Je ne m'y suis pas résolu; mais je n'en repousse pas non plus l'idée... Ce sont des enfants sans barbe dont on ne saurait être sainement jaloux... Et si je prévois que leurs jeux m'apporteraient quelques soucis, du moins m'y résignerais-je comme à la solution la moins choquante de toutes, et avec le contentement d'avoir donné un peu de joie aux petites captives volontaires qui battent de l'aile autour de moi... Houppe, il se fait très tard. J'ai beaucoup marché à dos de mule, et je suis las. Prenons du repos.


Vers six heures du matin, un rayon de soleil déjà chaud réveilla Diane à la Houppe.

Pausole dormait sur les épaules, le nez haut et la bouche en volcan.