—Le noble enfant!
—Sa méthode particulière consistait à montrer sa propre personne, qui est en effet sans charmes, déplaisante et mal tenue. Il quittait ses vêtements, s'approchait de la pêcheresse et articulait d'une voix lamentable: «Voilà ce que c'est que la chair; comment n'es-tu pas écœurée?»
—Il en a converti beaucoup?
—Aucune. La plupart protestaient aussitôt qu'elles n'avaient jamais rien touché de plus tentateur que son corps, et qu'elles aimaient beaucoup les blonds (car il est blond). D'autres lui expliquaient avec un sourire qu'elles n'étaient pas moins aimables envers les beautés de second rang et qu'en échange d'un double prix elles donnaient double tendresse. Celles même qui restaient assez franches pour dire de lui ce qu'elles en pensaient se refusaient à injurier dans le sursaut d'un égal mépris le reste de leurs amants. Celles-là étaient les plus jeunes. Bref, il allait partir très découragé lorsque ayant appris que la Princesse Aline habitait non loin du harem, il jugea que nulle âme n'était plus en péril que la sienne, et eut la gloire de la sauver.
—Comment s'y est-il pris?
—C'est un secret. Concurremment, monsieur, il extirpait encore du sein du péché une pauvre danseuse nommée Mirabelle.
—Ah! nous y voilà donc!
—Mais cette danseuse manquait d'argent pour retourner dans son pays et oublier là sa jeunesse d'orgies. Son conseiller ne se souciait point de lui en remettre, car il avait en horreur toutes les prodigalités. La Princesse Aline s'en chargea. Et c'est ainsi qu'elle put le même jour non seulement se préserver elle-même, mais tirer du gouffre une autre brebis. Voilà pourquoi elle écrivit et fit porter où vous savez, par la main d'une dame d'honneur, la lettre qui vous alarmait.
—Tout s'explique, en effet! Et ces billets trouvés...
—Ce sont les derniers témoins d'une folle existence. Mirabelle voulait les détruire tout d'abord; puis elle en a fait don à son bon pasteur pour prouver un repentir sincère.