—Je le vois!... c'est lui!... le voilà!... maman! maman!... le voilà!... oh! je l'ai bien vu! je l'ai vraiment bien vu!
Et d'autres qui pleuraient:
—Papa! porte-moi!... je suis trop petite!... où est-il?... prends-moi sous les bras!... plus haut!... plus haut!... encore plus haut!...
Une enfant de trois ans cria en brandissant par la patte une poupée rose:
—Ive le Roi!... le Roi Paupaul!
Et Pausole la prit à bout de bras pour l'embrasser sur les deux joues.
Partout des arcs de triomphe échafaudés en une nuit se dressaient au coin des rues, à l'entrée des places et des carrefours. Toutes les fenêtres étaient pavoisées. Des étoffes de couleur, des feuillages, des rameaux frissonnants, des roses, couvraient les maisons, les trottoirs, les pavés et le ciel lui-même. Depuis les portes de la cité jusqu'à la Grand'Place, dix-huit cents jeunes filles nues formaient une haie brune et versaient un fleuve de roses rouges sur les pas du Roi et des Reines. Les innombrables fleurs de juin tombaient des fenêtres dans la rue comme des cascades au torrent.
Pausole saluait, saluait, ouvrait les bras, penchait la tête, levait parfois une main qui semblait dire: «C'est trop!» Et sa bonne barbe et ses bons yeux rendaient par leur expression douce à l'enthousiasme de la foule une affection toute paternelle qui enchantait les assistants.
Philis, auprès de lui, se tenait très raide, consciente de ses nouveaux droits et de la part qu'elle pouvait prendre aux acclamations publiques. Son regard était sévère et digne; mais pour se mettre dans le ton des modes qu'elle voyait générales elle avait enlevé l'épingle qui arrêtait à mi-buste l'ouverture de son corsage, et elle montrait au peuple ses seins élevés à l'ombre, étant fière de leurs pointes pâles et de leur peau transparente.