—Pourquoi?
—Pour que je t'embrasse... Si tu me le permets.
Elles prirent une rue obscure et trouvèrent l'abri souhaité: derrière un tombereau de sable qu'on avait laissé là sur cales, les deux jeunes filles, bouche à bouche, se prouvèrent une fidèle tendresse.
—Viens, soupira Mirabelle. Dépêchons-nous, il est tard. Il nous faut une chambre, tu sais.
—Oui, dit Line, j'ai bien sommeil encore. Depuis trois jours j'ai si peu dormi... Je me sens faible, faible, ce soir. Et j'ai mal aux jambes... Comment cela se fait-il? Nous n'avons guère marché, pourtant?
—C'est parce que tu grandis. Je suis contente de cela. Bon signe, ma chérie.
Line croyait tout ce qu'on lui disait et ne s'inquiéta pas davantage.
Dans une avenue silencieuse, elles s'arrêtèrent devant un hôtel qui paraissait très convenable et qui avait pour enseigne: Hôtel du Sein-Blanc et de Westphalie.
Elles y pénétrèrent. Mirabelle choisit une chambre à grand lit, très vaste, avec des miradores qui lui assuraient une précieuse fraîcheur.
Au moment où elles gagnaient l'ascenseur, la directrice prit à part Mirabelle et s'excusa profondément: l'hôtel avait six attachés chargés du service de nuit près des dames qui voyageaient seules; mais il était venu dans l'après-midi une famille de sept Anglaises qui avaient retenu par télégramme toute cette partie du personnel et la maison se trouvait ainsi démunie pour quarante-huit heures. La directrice offrait de les remplacer, au moins dans la mesure du possible, en réveillant les deux petits grooms, qui étaient sans doute un peu jeunes, mais passaient pour très gentils. Elle demandait, en outre, si ces dames resteraient plusieurs jours afin de les inscrire sur-le-champ pour les premiers attachés disponibles.