Et Giglio pensa une fois de plus que si chaque femme trouve à dire des banalités diverses, selon les amants qu'elle rencontre, chaque homme n'entend pas plus de dix phrases de la part de toutes les maîtresses, comme si elles répétaient en secret pour lui réciter le même rôle.
—Quel hasard! s'écria Line. Je pensais justement à vous... Laissez-moi vous regarder... Je me suis presque disputée avec mon amie à propos de vos yeux... Je les trouvais très jolis. On a prétendu que non. Mais j'ai raison contre elle, Djilio. Ils sont bien jolis, vos yeux.
—Tout à fait quelconques, dit Giglio; s'ils s'animent quand ils vous regardent, Altesse, c'est à vous qu'ils le doivent.
—Ne m'appelez pas Altesse, vous m'intimidez. Dites-moi Line, c'est plus gentil.
Mais il ne la nomma d'aucune façon, car, avec un trouble apparent qui n'était pas, cette fois, volontaire, il ne trouva plus rien qui lui semblât digne d'être dit à la blanche Aline.
Le premier jour où il l'avait vue, dans cette autre chambre d'hôtel où s'étaient précipités des événements si rapides, les circonstances ne se prêtaient guère à une contemplation tendre. Mirabelle, présente et jalouse, ne se laissait pas oublier, Aline inquiète montrait un visage altéré. Scène étourdissante et brève, ce quart d'heure singulier s'en était allé en folie dans le tourbillon de son souvenir.
Là au contraire, dans le silence, de ses yeux et si près de son visage charmant, il la vit semblable à elle seule.
Diane à la Houppe lui parut trop sensuelle; Philis trop exempte de tendresse. L'une dévorait et l'autre jouait, mais aucune des deux n'avait dans le regard cette petite flamme continue qui appelle et retient l'amour au moment où elle le révèle.
Il tenait les deux mains de Line, qui ne baissait pas les paupières et qui laissait entr'ouverte, comme pour un baiser toujours prêt, sa petite bouche plus haute que large de jeune fille encore enfant.