Il ne lui parlait point. Il n'aurait su que lui dire. Vaguement, et une à une, les phrases qu'il avait répétées cent fois se présentèrent à son esprit. D'abord il les rejeta, puis avec un sourire presque triste, il pensa que sur un autre ton, ces phrases-là ne seraient plus les mêmes. Il se dit que ses hyperboles, et les plus invraisemblables, se trouveraient mieux que jamais en situation; que les petits mensonges de la galanterie, excusables dans une aventure, deviendraient tout à fait touchants au début d'une passion réelle; enfin qu'il pouvait sans faute abuser sa nouvelle amie selon ses méthodes ordinaires, sachant qu'il lui ferait plaisir et sentant combien cela lui était dû.

—Qu'avez-vous? disait Line,

—Je vous aime, fit-il.

—Je vous aime aussi, Djilio; je vous aime de tout mon cœur. Je suis bien heureuse en vous le disant.

—Mais moi, je vous aime depuis si longtemps. Vous n'en saviez rien, n'est-ce pas?

—Depuis longtemps? répéta Line. Vous m'aimez depuis longtemps? Mais hier matin je ne vous connaissais pas...

—Je vous aime depuis trois ans, dit Giguelillot en soupirant.

—Et vous ne me l'aviez jamais dit?

—Je n'osais pas... Je pensais à vous, mais vous étiez si haut, si loin de moi!... Comment croire que jamais vous consentiriez à m'entendre?... Je vous aimais d'en bas... Je pensais à vous sans cesse, mais je n'espérais pas que j'arriverais un jour, par un hasard extraordinaire, à vous parler enfin seul à seule, la main dans la main, les yeux dans les yeux...