Διὸ δεῖ ἦχθαί πως εὐθὺς ἐκ νέων, ὡς ὁ Πλάτων φησίν, ὥστε χαίρειν τε καὶ λυπεῖσθαι οἷς δεῖ· ἡ γὰρ ὀρθὴ παιδεία αὕτη ἐστίν.
Aristote, Éthique, II, 2.
Il était quatre heures, le lendemain, quand Pausole et ses deux ministres furent reçus rue des Amandines, où le bon Roi, si bon qu'il fût, ne croyait pas entrer en père.
Giguelillot, depuis le matin, avait mis zèle et patience, d'abord à persuader au Roi que cette visite serait pleine d'attraits; ensuite à instruire secrètement ses hôtes, afin qu'ils lui parlassent comme il convenait de le faire.
Le directeur de la Société mena Pausole jusqu'à un fauteuil, s'inclina trois fois devant lui et lut enfin, d'une voix satisfaite et ponctuée, l'allocution que voici:
«Sire,
«L'Union tryphémoise pour le Sauvetage de l'Enfance ne saurait être comparée aux œuvres similaires des pays limitrophes, pas plus que les lois de Votre Majesté ne souffrent de rapprochement avec celles des nations rivales. Ici, nous recueillons les enfants maltraités, physiquement ou moralement, mais le danger moral que nous prétendons combattre n'est pas du tout celui que redoutent nos meilleurs confrères étrangers, lesquels n'entendent pas comme nous le bonheur des petits enfants.»
—Je le crois sans peine, dit Pausole.
—«Nous estimons, avec vous-même, Sire, que le jeune être acquiert très tôt quelque droit à la liberté. Nous estimons qu'en soumettant la jeunesse à l'autorité paternelle pendant vingt et une années d'existence, les vieilles lois européennes prolongent dans leur sein l'une des nombreuses racines que l'esclavage antique y laisse encore vivantes. Le droit du père sur le fils, comme celui du mari sur la femme, c'est, au fond, sous un nom quelconque, la mainmise du plus fort sur l'épaule du plus faible, et il emprunte à la tyrannie son arbitraire sans limites, en même temps que son prétexte et son drapeau: la protection. Le mobile qui entraîne un citoyen libre à enfermer son enfant dans les horribles geôles qu'on nomme les internats n'est pas différent de celui qui le pousse, pendant les vacances, à martyriser le pauvre petit du revers de la main ou du bout de la règle. L'homme, qui n'a plus de droits sur les libertés de l'homme et qui ne peut plus impunément séquestrer ou frapper un esclave humain, conserve partout son pouvoir sur la personne de l'enfant, et, comme il faut bien qu'il abuse de tous les pouvoirs qu'on lui donne, il abuse de celui-là, pour se dédommager d'avoir perdu les autres.»
—Très bien pensé, dit Giguelillot. N'est-ce pas, Sire?