—Sire, nous allons partir, mais nous ne sommes point partis. Quelle que soit l'aversion de Votre Majesté pour la pompe et le cérémonial, son départ exige des préparatifs, et son absence des précautions. Or, le jeune page dont il s'agit, animé d'un zèle inutile, prétend s'inspirer de vos secrètes préférences pour blâmer toutes mes mesures et en proposer d'autres. Je demande s'il est autorisé à prendre cette attitude qui paralyse mes actes et blesse ma dignité.
—Allons! encore un conflit! s'écria Pausole. Je ne m'en mêlerai pas! Ce jeune homme m'a parlé. Il est plein de sens. C'est un esprit juste et sagace. Je ne me priverai point de ses conseils. Vous, Taxis, vous avez aussi vos qualités dont personne ne songe à faire fi. Vous êtes déplaisant, mais indispensable, et je n'entends pas qu'on vous paralyse. Réglez donc à l'amiable votre différend et tâchez de vous mettre d'accord sans que j'aie à prendre parti.
—C'est impossible.
—Et pourquoi donc?
—Entre les principes de ce jouvenceau et les miens propres, que Votre Majesté semble estimer à titre égal, il y a incompatibilité absolue. Il faut que l'un de nous deux cède, ou casse. J'attends de votre bouche, Sire, le nom du sacrifié.
Le Roi frotta d'un geste impatient une allumette qui éclata comme l'expression même de sa mauvaise humeur. Il fuma en silence pendant quelques minutes, puis:
—Alors, c'est fort simple, dit-il. Vous commanderez à tour de rôle.
—Ah! fit sèchement Taxis.
—Vous vous partagerez la journée. De minuit à midi, vous, Taxis, vous aurez la haute main. Ce sont précisément les heures où je ne vous verrai pas, mon ami. Vous veillerez sur mon sommeil et au besoin sur mes plaisirs. Plus tard, de midi à minuit, votre successeur dirigera ma route et inspirera mes volontés. Je crois avoir trouvé ainsi une solution qui éloigne toute chance de froissements.