La matinée s'achevait dans une éblouissante lumière. L'ombre des vieux platanes qui bordaient la route s'accourcissait de plus en plus. La poudre de la voie blanche gagnait les talus de gazon. Devant le pas des trois montures, quelques lézards traçaient avec prestesse des zigzags de foudre verte.

Au delà des fossés, à droite et à gauche, les jardins des fleurs royales offraient leurs massifs bombés et leurs serres mouillées d'eau fraîche. On cultivait là des milliers d'espèces rares et des variétés inédites que créait au jour le jour l'esprit ingénieux des horticulteurs. Chaque matin on apportait au harem des brassées de corolles humides, des feuillages légers, des palmes. Les jardiniers avaient inscrit sur des registres noirs de ratures les caprices variables de toutes les Reines, et chacune d'elles recevait au réveil dans un petit vase à long col sa fleur de prédilection.

Pausole et ses deux conseillers passaient devant la dernière serre quand l'horloge encastrée à son fronton de mosaïque sonna les quatre quarts et les douze coups de midi.

Aussitôt le page, d'un talon vif, amena son zèbre nez à nez avec le cheval de Taxis:

—Monsieur le Grand-Eunuque, dit-il, vous connaissez le désir de Sa Majesté. Voici l'heure où je vous succède. Veuillez me remettre le commandement.

—Recevez-le du Roi! répondit Taxis revêche.

—Je te le donne, petit, fit Pausole.

Giglio salua, ramena sa bête et cria du côté de l'escorte:

—Demi-tour! Rassemblement!