Ici nous nous bornons à expliquer pourquoi Mirabelle en scène avait distingué d'un œil infaillible la blanche Aline émue par le charme de sa danse; pourquoi son regard, de perspicace, était devenu attirant; pourquoi elle n'avait pas été surprise de recevoir, deux heures après, un billet de rendez-vous; et enfin comment elle-même se laissant pincer la patte dans le piège d'une tentation plus forte que sa prudence, elle abandonnait sa troupe comme le Prince Charmant du ballet, pour enlever la fille du Roi.
Pendant ce temps, la jeune Aline était rentrée dans sa chambre. Elle avait pris sur sa coiffeuse un étui de rouge, une boîte à poudre, un porte-monnaie qui se trouva plein, et quelques petits objets de toilette; bref, tout ce que la dame d'honneur énuméra devant le Roi Pausole en remplissant le triste devoir de lui remettre le billet trouvé.
Ce billet, Line l'écrivit en deux minutes. Elle n'espérait guère se faire pardonner, mais elle ne voulait pas que personne fût inquiet d'une santé aussi précieuse que la petite sienne.
Ses sentiments intérieurs disparaissaient autour de sa joie comme les étoiles devant la lune. Et sa joie était d'un éclat à peine retenu par le silence.
Si les dames d'honneur ne l'entendirent pas sauter, courir, battre des mains et jeter son Télémaque dans le tub en signe d'émancipation, ce fut peut-être (et j'ose à peine en exprimer l'hypothèse) parce que les coupables gardiennes avaient abandonné leurs chambres voisines pour quémander ailleurs les douces lassitudes qui guérissent de l'insomnie.
Quoi qu'il en soit, la blanche Aline s'enfuit dans une hâte presque bruyante, encouragée par le mystère où son premier départ était demeuré caché.
Elle courut par les bois au Miroir des Nymphes, et d'abord n'y vit personne.
L'eau ruisselait et gloussait toujours. Le mascaron diabolique et les deux nymphes très pâles sur le fond obscur des arbres étaient les seuls habitants de ce coin redevenu désert.