Où aller? Elles n'en savaient rien.

Elles suivirent un champ de maïs, puis des enclos maraîchers où croissaient des piments rouges, des pastèques et des patates.

Le jour s'élevait peu à peu.

Sous les haies de cactus en raquettes séjournaient des brumes courbes comme des montées de neige.

—J'ai sommeil, dit Line en posant la joue sur l'épaule de son amie. Qu'il est tard! Où nous reposerons-nous? Je n'ai pas dormi depuis tant d'heures!

Elles discutèrent tout en marchant. Il y avait bien, sur la route, un hameau avec une auberge; mais comment demander une chambre avant le lever du soleil? Elles n'avaient ni voiture, ni manteaux, ni bagages. Si la directrice de l'hôtel allait leur poser des questions? Comment expliquer en deux mots qu'à une heure si tardive et si fraîche de la nuit, elles ne fussent pas encore couchées?

—Suivons la route, dit Mirabelle. Là-bas, j'aperçois un bois d'oliviers où nous pourrons dormir à l'ombre en attendant le milieu du jour.

Après une marche qui parut longue à la petite Line presque endormie, et qui cependant ne dura pas beaucoup plus de vingt-cinq minutes, elles arrivèrent à l'entrée du bois. Quelques oliviers élevaient en effet leur masse plate et foncée devant les autres arbres, mais derrière eux se pressaient des pins rouges et des cyprès reliés par des broussailles sauvages et des pentes mollement herbues.

Line jeta ses deux bras autour de Mirabelle, lui mit un baiser de sommeil dans le coin de la narine gauche et s'étendit les bras en rond sans même choisir la meilleure place. Aussitôt le petit homme au sable sema le repos sur ses paupières.

[CHAPITRE VI]