—Rose, ou Liliane, ou Marguerite, ou quel que soit le nom floral que vous portiez entre vos sœurs, si j'étais le maître du lieu, je ne voudrais pas d'autres fruits que ceux de votre corps velouté comme une prune. Donnez-moi vos oranges, vos fraises et vos prunelles, et ce cœur de grenade qui est si bien fermé.
À genoux devant l'une de ses lectrices, le jeune poète eût, sans doute, cherché des comparaisons plus rares, si tant est qu'il en soit d'inédites entre les fruits de la femme et ceux de la terre; mais la Tryphémoise à laquelle s'adressaient de telles galanteries n'avait jamais rien entendu qui lui parût de meilleur ton.
Elle rougit en baissant la tête avec un sourire d'enfant, et, comme son premier mouvement fut d'aller fermer la porte, Giglio comprit qu'il pouvait continuer sa ballade jusques et y compris l'envoi.
Il prit la jeune fille debout entre son bras gauche et son pourpoint bleu. D'une main qui semblait indiquer à des spectateurs invisibles une collection d'horticulture, il toucha d'abord la bouche qui devint une fleur de pêcher, puis les seins qui, suivant l'image, furent deux pêches portant leurs noyaux; puis il osa des métaphores qui venaient peut-être de Chénier, mais certainement pas de Lamartine.
La gardienne des framboises écoutait avec sensualité cette poésie tout orientale. Incapable d'imposer son humble et faible retenue au désir d'un jeune homme qu'elle trouvait plein de génie, elle se laissa conduire sans aucune résistance vers un canapé de jardin, le débarrassa d'une centaine de fruits, et mit un point d'honneur à donner généreusement ce qu'on voulait bien attendre d'elle.
—Quand reviendrez-vous? soupira-t-elle après beaucoup d'autres soupirs.
Giglio répondit imperturbable:
—Demain. Ce soir. Après-demain. Toujours.
—Mais vous avez des amies?