« Et peu à peu, il m'a semblé, tant nos membres étaient confondus, que je devenais toi-même ou que tu entrais en moi comme mon songe. »
Quand il eut achevé, il mit doucement ses mains sur mes épaules, et il me regarda d'un regard si tendre, que je baissai les yeux avec un frisson.
32 — LA COUPE
Lykas m'a vue arriver, seulement vêtue d'une exômis succincte, car les journées sont accablantes; il a voulu mouler mon sein qui restait à découvert.
Il a pris de l'argile fine, pétrie dans l'eau fraîche et légère. Quand il l'a serrée sur ma peau, j'ai pensé défaillir tant cette terre était froide.
De mon sein moulé, il a fait une coupe, arrondie et ombiliquée. Il l'a mise sécher au soleil et l'a peinte de pourpre et d'ocre en pressant des fleurs tout autour.
Puis nous sommes allés jusqu'à la fontaine qui est consacrée aux nymphes, et nous avons jeté la coupe dans le courant, avec des tiges de giroflées.
33 — ROSES DANS LA NUIT
Dès que la nuit monte au ciel, le monde est à nous, et aux dieux. Nous allons des champs à la source, des bois obscurs aux clairières, où nous mènent nos pieds nus.
Les petites étoiles brillent assez pour les petites ombres que nous sommes. Quelquefois, sous les branches basses, nous trouvons des biches endormies.