48 — PSAPPHA
Je me frotte les yeux... Il fait déjà jour, je crois. Ah! qui est auprès de moi?... une femme?... Par la Paphia, j'avais oublié... Ô Charites! que je suis honteuse.
Dans quel pays suis-je venue, et quelle est cette île-ci où l'on entend ainsi l'amour? Si je n'étais pas ainsi lassée, je croirais à quelque rêve... Est-il possible que ce soit là Psappha!
Elle dort... Elle est certainement belle, bien que ses cheveux soient coupés comme ceux d'un athlète. Mais cet étrange visage, cette poitrine virile et ces hanches étroites...
Je veux m'en aller avant qu'elle ne s'éveille. Hélas! je suis du côté du mur. Il me faudra l'enjamber. J'ai peur de frôler sa hanche et qu'elle ne me reprenne au passage.
49 — LA DANSE DE GLÔTTIS ET DE KYSÉ
Deux petites filles m'ont emmenée chez elles, et dès que la porte fut fermée, elles allumèrent au feu la mèche de la lampe et voulurent danser pour moi.
Leurs joues n'étaient pas fardées, aussi brunes que leurs petits ventres. Elles se tiraient par les bras et parlaient en même temps, dans une agonie de gaieté.
Assises sur leur matelas que portaient deux tréteaux élevés, Glôttis chantait à voix aiguë et frappait en mesure ses petites mains sonores.
Kysé dansait par saccades, puis s'arrêtait, essoufflée par le rire, et, prenant sa sœur par les seins, la mordait à l'épaule et la renversait, comme une chèvre qui veut jouer.