Il me dit: « Que cherches-tu? —Je suis la trace du satyre. Ses petits pas fourchus alternent comme des trous dans un manteau blanc. » Il me dit: « Les satyres sont morts.

« Les satyres et les nymphes aussi. Depuis trente ans il n'a pas fait un hiver aussi terrible. La trace que tu vois est celle d'un bouc. Mais restons ici, où est leur tombeau. »

Et avec le fer de sa houe il cassa la glace de la source où jadis riaient les naïades. Il prenait de grands morceaux froids, et, les soulevant vers le ciel pâle, il regardait au travers.

II
ÉLÉGIES À MYTILÈNE

47 — AU VAISSEAU

Beau navire qui m'as menée ici, le long des côtes de l'Ionie, je t'abandonne aux flots brillants, et d'un pied léger je saute sur la grève.

Tu vas retourner au pays où la vierge est l'amie des nymphes. N'oublie pas de remercier les conseillères invisibles, et porte-leur en offrande ce rameau cueilli par mes mains.

Tu fus pin, et sur les montagnes, le vaste Nôtos enflammé agitait tes branches épineuses, tes écureuils et tes oiseaux.

Que le Boreus maintenant te guide, et te pousse mollement vers le port, nef noire escortée des dauphins au gré de la mer bienveillante.