Quelquefois je reste longtemps sans parler, heureuse de le voir seulement, et j'approche mes lèvres des siennes, pour ne baiser que son haleine.

Puis tout à coup je m'étends sur lui. Il se réveille dans mes bras, et il ne peut plus se relever car je lutte! Il renonce, et rit, et m'étreint. Ainsi nous jouons dans la nuit.

... Première aube, ô clarté méchante, toi déjà! En quel antre toujours nocturne, sur quelle prairie souterraine pourrons-nous si longtemps aimer, que nous perdions ton souvenir...

45 — BERCEUSE

Dors: j'ai demandé à Sardes tes jouets, et tes vêtements à Babylone. Dors, tu es fille de Bilitis et d'un roi du soleil levant.

Les bois, ce sont les palais qu'on bâtit pour toi seule et que je t'ai donnés. Les troncs des pins, ce sont les colonnes; les hautes branches, ce sont les voûtes.

Dors. Pour qu'il ne t'éveille pas, je vendrais le soleil à la mer. Le vent des ailes de la colombe est moins léger que ton haleine.

Fille de moi, chair de ma chair, tu diras quand tu ouvriras les yeux, si tu veux la plaine ou la ville, ou la montagne ou la lune, ou le cortège blanc des dieux.

46 — LE TOMBEAU DES NAÏADES

Le long du bois couvert de givre, je marchais; mes cheveux devant ma bouche se fleurissaient de petits glaçons, et mes sandales étaient lourdes de neige fangeuse et tassée.