Aujourd'hui Mnasidika seule, et pour toujours, me possède. Qu'elle reçoive en sacrifice le bonheur de ceux que j'ai quittés pour elle.
59 — LE TOMBEAU SANS NOM
Mnasidika m'ayant prise par la main me mena hors des portes de la ville, jusqu'à un petit champ inculte où il y avait une stèle de marbre. Et elle me dit: « Celle-ci fut l'amie de ma mère. »
Alors je sentis un grand frisson, et sans cesser de lui tenir la main, je me penchai sur son épaule, afin de lire les quatre vers entre la coupe creuse et le serpent:
« Ce n'est pas la mort qui m'a enlevée, mais les Nymphes des fontaines. Je repose ici sous une terre légère avec la chevelure coupée de Xantho. Qu'elle seule me pleure. Je ne dis pas mon nom. »
Longtemps nous sommes restées debout, et nous n'avons pas versé la libation. Car comment appeler une âme inconnue d'entre les foules de l'Hadès?
60 — LES TROIS BEAUTÉS DE MNASIDIKA
Pour que Mnasidika soit protégée des dieux, j'ai sacrifié à l'Aphrodita-qui-aime-les-sourires, deux lièvres mâles et deux colombes.
Et j'ai sacrifié à l'Arès deux coqs armés pour la lutte et à la sinistre Hekata deux chiens qui hurlaient sous le couteau.
Et ce n'est pas sans raison que j'ai imploré ces trois Immortels, car Mnasidika porte sur son visage le reflet de leur triple divinité: