Ainsi je voyais son corps chéri dans une mystérieuse lumière. Nous étions plus près l'une de l'autre, plus libres, plus intimes, plus nues. « Dans la même chemise, » disait-elle.
Nous étions restées coiffées pour être encore plus découvertes, et dans l'air étroit du lit, deux odeurs de femmes montaient, des deux cassolettes naturelles.
Rien au monde, pas même la lampe, ne nous a vues cette nuit-là. Laquelle de nous fut aimée, elle seule et moi le pourrions dire. Mais les hommes n'en sauront rien.
69 — LA DORMEUSE
Elle dort dans ses cheveux défaits, les mains mêlées derrière la nuque. Rêve-t-elle? Sa bouche est ouverte; elle respire doucement.
Avec un peu de cygne blanc, j'essuie, mais sans l'éveiller, la sueur de ses bras, la fièvre de ses joues. Ses paupières fermées sont deux fleurs bleues.
Tout doucement je vais me lever; j'irai puiser l'eau, traire la vache et demander du feu aux voisins. Je veux être frisée et vêtue quand elle ouvrira les yeux.
Sommeil, demeure encore longtemps entre ses beaux cils recourbés et continue la nuit heureuse par un songe de bon augure.
70 — LE BAISER
Je baiserai d'un bout à l'autre les longues ailes noires de ta nuque, ô doux oiseau, colombe prise dont le cœur bondit sous ma main.